Bergen — les Skua à bout de rayon
Le commandant d’escadrille de Blackburn Skua de la Fleet Air Arm, l’aéronavale britannique, reçoit le 10 avril 1940 une cible repérée la veille : le croiseur léger allemand Königsberg, amarré dans le port de Bergen, sur la côte ouest de la Norvège. Le navire a été touché par l’artillerie côtière norvégienne lors de l’invasion et stationne à quai, partiellement immobilisé.
Le Skua est un appareil hybride, à la fois chasseur et bombardier en piqué, embarqué sur porte-avions mais qui opère ici depuis les îles Orcades, en Écosse. Or Bergen se trouve à la limite extrême de son rayon d’action : l’aller-retour ne laissera presque aucune marge de carburant, et tout vent contraire ou détour de combat peut condamner les équipages à amerrir en mer du Nord. La DCA du port et d’éventuels chasseurs allemands attendent au-dessus du fjord.
Jamais encore un grand navire de guerre n’a été coulé par une attaque de bombardiers en piqué. L’occasion d’un navire à quai, immobile, est rare. Mais le risque pour les équipages, à cette distance, est élevé. L’officier doit décider de l’emploi de ses Skua.
Lancerez-vous vos bombardiers en piqué à rayon extrême contre un croiseur à quai, ou attendrez-vous des conditions plus sûres ?
L’escadrille choisit A. Au matin du 10 avril 1940, seize Skua des , partis des Orcades, plongent sur le Königsberg à quai dans le port de Bergen. Plusieurs bombes de 500 livres frappent le croiseur, qui chavire et coule en quelques heures. C’est la première fois qu’un grand navire de guerre est envoyé par le fond par des bombardiers en piqué — un précédent technique majeur, qui ne sera toutefois pas reproduit de sitôt, faute de porte-avions disponibles, la plupart étant en Méditerranée. Un seul Skua est perdu sur l’objectif. L’exploit nourrit le débat naissant sur la vulnérabilité des navires à l’aviation, débat que la suite de la guerre tranchera brutalement, du Taranto à Pearl Harbor.









