Les ponts de Maastricht — le sacrifice des Battle
Après la capture intacte des ponts du canal Albert par les commandos allemands, ces passages permettent aux blindés de s'engouffrer en Belgique. Pour tenter de les détruire, le commandement allié lance, le 12 mai 1940, des bombardiers légers Fairey Battle de la RAF — appareils lents, peu armés et déjà dépassés — contre les ponts de la région de Maastricht, fortement défendus par la DCA allemande.
Les équipages savent la mission quasi suicidaire : attaquer à basse altitude des ponts hérissés de canons antiaériens, sans chasse d'escorte suffisante, revient à s'exposer à une destruction presque certaine. Mais l'enjeu — ralentir l'avance blindée — est jugé vital.
Le commandement et les équipages peuvent attaquer malgré tout les ponts, en acceptant des pertes effroyables pour une chance de les détruire. Renoncer à une mission jugée perdue d'avance, pour préserver des avions et des hommes rares. Ou tenter une attaque de nuit ou à haute altitude, moins précise mais moins meurtrière. Le sort de la défense belge, et la conscience du devoir, s'opposent au coût humain.
Faut-il attaquer les ponts de Maastricht malgré des pertes quasi certaines, y renoncer, ou changer de méthode ?
Les équipages exécutent A : le 12 mai, les Fairey Battle attaquent les ponts à basse altitude et sont décimés par la DCA et la chasse allemandes — l'un des taux de pertes les plus catastrophiques de l'histoire de la RAF. Les ponts ne sont pas durablement détruits. Le courage des aviateurs vaut au Flying Officer et au sergent les premières Croix de Victoria de la guerre décernées à l'aviation (à titre posthume). L'épisode illustre tragiquement l'infériorité du matériel allié, l'absence de maîtrise de l'air et le sacrifice consenti pour tenter, en vain, d'enrayer la percée. La domination de la Luftwaffe sur le champ de bataille reste un facteur décisif de mai 1940.









