L'affaire de l'Altmark
En février 1940, un navire-ravitailleur allemand, l'Altmark, ramène vers l'Allemagne, par les eaux côtières de la Norvège neutre, près de 300 prisonniers britanniques capturés par le cuirassé Graf Spee. Repéré, il se réfugie dans un fjord norvégien, sous la protection théorique de la neutralité d'Oslo, que des navires norvégiens font respecter.
Le commandant du destroyer HMS Cossack doit décider. Aborder l'Altmark dans les eaux norvégiennes pour libérer les prisonniers, en violant la neutralité de la Norvège et en risquant un incident diplomatique. Respecter la neutralité norvégienne et laisser filer le navire avec ses prisonniers. Ou bloquer l'Altmark sans l'aborder, en attendant des instructions.
L'enjeu dépasse le sort des prisonniers : c'est la question du respect des eaux neutres en temps de guerre, et le risque de précipiter une crise en Scandinavie — région que Britanniques et Allemands convoitent déjà (fer suédois, Narvik). Churchill, à l'Amirauté, suit l'affaire de près.
Le commandant du Cossack doit-il aborder l'Altmark dans les eaux neutres, respecter la neutralité, ou bloquer le navire ?
Sur instruction de Churchill, le Cossack exécute A : le 16 février 1940, il aborde l'Altmark dans le Jøssingfjord et libère près de 300 prisonniers britanniques aux cris de « The Navy's here! ». L'opération, populaire au Royaume-Uni, viole ouvertement la neutralité norvégienne et démontre que ni les Britanniques ni les Allemands ne la respecteront durablement. L'affaire de l'Altmark accélère la décision allemande d'envahir la Norvège (Weserübung, avril 1940) pour la soustraire à l'influence alliée et sécuriser la route du fer. Cet incident naval de la drôle de guerre, en apparence mineur, est l'un des déclencheurs de la campagne de Norvège et illustre la fragilité des neutralités dans une guerre totale.









