Oscarsborg — l’intrus dans l’Oslofjord
Le colonel , 64 ans, commande depuis 1933 la forteresse d’Oscarsborg, vieil ouvrage installé sur des îlots au plus étroit de l’Oslofjord, à une trentaine de kilomètres au sud de la capitale norvégienne. Officier d’artillerie de carrière, il dispose d’une garnison réduite et largement composée de recrues. Ses pièces maîtresses sont trois canons Krupp de 280 mm datant de la fin du XIXᵉ siècle, surnommés Moïse, Aron et Josué, et une batterie de torpilles immergées sur la rive d’en face.
La nuit du 8 au 9 avril 1940, la Norvège est officiellement neutre. Le pays n’est pas mobilisé, et aucun ordre clair ne descend d’Oslo. Vers une heure du matin, des navires non identifiés, tous feux masqués, remontent le chenal sombre vers la passe d’Oscarsborg. Les consignes en temps de paix prévoient des coups de semonce avant tout tir réel ; certaines instructions imposent même de sommer un intrus de s’identifier.
Eriksen ignore qu’il s’agit de l’escadre allemande conduite par le croiseur lourd qui transporte l’état-major chargé de prendre la capitale. Les bâtiments approchent à portée. Il doit décider en quelques minutes, sans ordre supérieur.
Ouvrirez-vous le feu sur un navire de guerre non identifié, sans ordre, ou tenterez-vous d’abord de l’identifier ?
Eriksen choisit A. « Visez le gros », ordonne-t-il, lançant : « Soit je serai décoré, soit je serai traduit en cour martiale. Feu ! » À environ 1 800 mètres, ses deux vieux canons disponibles touchent le croiseur lourd Blücher, puis les torpilles d’Oscarsborg l’achèvent. Le navire, qui transporte l’état-major et les administrateurs destinés à occuper Oslo, sombre dans le fjord avec environ un millier d’hommes. La perte du Blücher ferme le chenal pour la journée entière et retarde la prise de la capitale, laissant au roi , au gouvernement et aux réserves d’or le temps de fuir vers l’intérieur. Eriksen, loin d’être jugé, sera reconnu comme un héros national. Son tir d’initiative est resté l’un des actes fondateurs de la résistance norvégienne de 1940.









