Chain Home — le mur invisible
Depuis le milieu des années 1930, le Royaume-Uni redoute par-dessus tout le bombardier : on pense alors que « le bombardier passera toujours », et qu'aucune défense ne peut arrêter une attaque aérienne massive. Le physicien a pourtant démontré, en 1935, qu'on pouvait détecter un avion à distance grâce aux ondes radio.
À la tête du Fighter Command, l'Air Chief Marshal suit de près ces travaux. À l'été 1939, une chaîne de stations de détection — la Chain Home — a été installée le long des approches de l'Angleterre, mais le système reste jeune, fragile et jamais éprouvé au feu. Reliée à des centres de filtrage et de contrôle, cette technologie naissante promet beaucoup, sans aucune garantie qu'elle tienne le jour venu.
La doctrine n'est pas tranchée. Faut-il fonder toute la défense aérienne sur ce dispositif de détection-et-contrôle encore incertain, en y concentrant les moyens, au risque qu'il défaille ? S'en remettre, comme par le passé, à des patrouilles permanentes et au réseau d'observateurs au sol ? Ou disperser l'effort entre plusieurs approches sans en privilégier aucune ? Le choix déterminera l'efficacité de la chasse britannique si la guerre éclate.
Faut-il fonder la défense aérienne britannique sur le système radar de détection-et-contrôle, encore non éprouvé au combat ?
Dowding choisit A : la défense aérienne britannique est organisée autour de la Chain Home et d'un système intégré reliant radars, observateurs, centres de filtrage et escadrons — ce que l'on appellera le « système Dowding ». Tenu secret, ce dispositif permet d'économiser les chasseurs en ne les lançant que sur des cibles repérées, au lieu d'épuiser les pilotes en patrouilles aveugles. C'est ce maillage, plus que le nombre d'appareils, qui donnera à la Royal Air Force son avantage décisif lors de la bataille d'Angleterre l'année suivante. D'autres pays travaillent aussi sur la détection radioélectrique, mais aucun n'a, en 1939, intégré le radar dans un système de commandement aussi abouti.









