Manstein à Liegnitz — le mémorandum d'octobre
(), 52 ans, est l'un des esprits stratégiques les plus reconnus de la Wehrmacht. Chef d'état-major du depuis le 24 octobre 1939, basé à Liegnitz (Legnica, Silésie polonaise annexée). Son chef hiérarchique est le Generaloberst .
Le 19 octobre 1939, l'OKH sous Brauchitsch et Halder a finalisé le plan Fall Gelb pour l'offensive à l'Ouest : reproduction approximative du plan Schlieffen 1914, axe principal par les Pays-Bas et la Belgique ( sous Bock), axe secondaire de fixation au centre ( sous Rundstedt) et au sud ( sous Leeb sur la Maginot). Manstein, lisant le plan, le juge stratégiquement médiocre : prévisibilité totale, exposition aux mêmes blocages qu'en 1914.
Manstein propose une conception alternative. Hypothèse : la masse des forces françaises et britanniques se déploiera comme prévu par le commandement allié sur la ligne Dyle-Breda (avancée préventive en Belgique en cas d'invasion). Cela ouvrira une fenêtre stratégique : si la Wehrmacht engage par les Ardennes (zone réputée infranchissable par les forces blindées selon Gamelin) avec sa principale concentration blindée, elle peut percer à Sedan, couper en deux les forces alliées, encercler le groupe armée 1 français et le BEF britannique en Belgique. Audace tactique sans précédent.
Manstein rédige avec un mémorandum au format de l'OKH (31 octobre 1939) qu'il transmet à Halder. Halder le rejette comme « aventureux ». Manstein insiste — entre octobre 1939 et février 1940, il rédige six mémorandums successifs, tous rejetés. Il sollicite l'appui de Rundstedt (qui soutient) et (qui valide la faisabilité technique blindée).
Comment Manstein peut-il faire remonter son idée à Hitler par-dessus l'OKH ?
Manstein applique B. En janvier 1940, l'affaire de Mechelen (10 janvier 1940 : major atterrit forcé en Belgique avec une copie des plans Fall Gelb dans sa serviette) compromet le plan officiel — il faut absolument le repenser. Manstein, transféré à Stettin (limogeage déguisé orchestré par Halder), demande audience à Hitler par l'intermédiaire de l'aide de camp Schmundt (, chef du Personnel militaire de Hitler). Audience accordée le 17 février 1940 à la Chancellerie du Reich. Manstein présente son plan en 90 minutes. Hitler — qui avait déjà eu intuitions similaires sur la percée des Ardennes — adopte le plan immédiatement. Le 24 février 1940, l'OKH publie la nouvelle Directive Fall Gelb intégrant le Sichelschnitt ("coup de faucille") de Manstein. L'offensive du 10 mai 1940 appliquera ce plan, réussira au-delà des espérances : effondrement français en 6 semaines. Manstein devient l'architecte intellectuel de la victoire occidentale de 1940. Promu Generalfeldmarschall en juillet 1942. Commande en URSS, vainqueur à Stalingrad (manqué), Kharkov 1943, perdant à Koursk. Limogé par Hitler en mars 1944. Procès Hambourg 1949 par les Britanniques, 18 ans de prison pour crimes de guerre, libéré 1953. Conseiller du chancelier Adenauer pour la création de la Bundeswehr. Meurt en 1973. Le débat historiographique sur Manstein reste vif : génie stratégique ou criminel de guerre complice de l'Holocauste oriental ?









