Heydrich arrive à Prague
Le 27 septembre 1941, Reinhard Heydrich, chef du Reichssicherheitshauptamt et l'un des hommes les plus redoutés du régime nazi, débarque à Prague. Il vient d'être nommé Protecteur par intérim de Bohême-Moravie, en remplacement de Konstantin von Neurath, jugé trop indulgent par Berlin. Sa mission est double et urgente : contenir l'agitation tchèque et faire tourner à plein régime l'arsenal industriel du Protectorat, dont les usines Škoda et les fonderies alimentent la Wehrmacht engagée en Union soviétique.
La situation que découvre Heydrich inquiète le Reich. Depuis l'été, les grèves perlées se multiplient, les sabotages frappent les chemins de fer et les chaînes d'armement, le rendement chute. Les renseignements allemands s'interrogent sur l'attitude du gouvernement autonome lui-même : le Premier ministre Alois Eliáš et le réseau de la résistance intérieure, en lien avec le gouvernement en exil à Londres dirigé par Edvard Beneš, sont au cœur des rapports qui remontent à Berlin.
Heydrich dispose des pleins pouvoirs policiers et d'une marge de manœuvre quasi totale sur la conduite à tenir. Plusieurs leviers s'offrent à lui, chacun jouant différemment sur l'ordre public, le moral de la population et l'effort de guerre, et chacun comportant ses propres risques. Le nouveau Protecteur doit arrêter sa ligne dès ses premières heures à Prague.
Comment Heydrich doit-il briser la résistance tchèque tout en relançant la production d'armement du Protectorat ?
Heydrich choisit la première option : la loi martiale et des exécutions ciblées, assorties de concessions matérielles aux ouvriers. Dès le 28 septembre 1941, il proclame l'état de siège et installe des cours martiales qui prononcent des centaines de condamnations à mort dans les semaines suivantes, frappant officiers, intellectuels et résistants présumés. Le Premier ministre Alois Eliáš est arrêté, jugé et condamné à mort pour trahison (il sera exécuté en juin 1942). Parallèlement, Heydrich applique sa « politique du fouet et du sucre » : il augmente les rations alimentaires des travailleurs de l'armement, octroie des avantages sociaux et des séjours de repos pour acheter la paix dans les usines et soutenir la production. Cette combinaison de terreur et de concessions stabilise le Protectorat plusieurs mois. Mais le 27 mai 1942, Heydrich est mortellement attaqué à Prague par les parachutistes tchécoslovaques de l'opération Anthropoid ; il meurt le 4 juin. Les représailles nazies sont effroyables : le village de Lidice est rasé et ses habitants massacrés ou déportés.









