Athènes, l'hiver de la faim
À l'automne 1941, la Grèce vaincue est dépecée entre trois occupants : l'Allemagne, l'Italie et la Bulgarie se partagent le pays et ses ressources. Les réquisitions de l'occupant raflent récoltes, bétail et stocks, tandis que le blocus naval allié coupe les importations dont dépendait, en temps normal, une terre pauvre en blé. Le réseau ferroviaire et routier, désorganisé par la guerre puis par les cloisonnements de zones, ne fait plus circuler les vivres de la campagne vers la capitale.
À Athènes, ville surpeuplée et sans arrière-pays nourricier propre, l'étau se referme vite. Le pain rationné se réduit à une part dérisoire, souvent introuvable, et la monnaie s'effondre dans une inflation galopante. Sur les étals officiels, il n'y a plus rien ; les prix du peu qui subsiste atteignent des sommets vertigineux, hors de portée des salaires. Le froid s'installe sur une population déjà épuisée.
Dans ce dénuement, une mère de famille porte seule la charge de nourrir les siens, jour après jour, sans secours assuré. Chaque matin pose la même question, plus pressante que la veille. Elle doit décider maintenant comment tenir l'hiver.
Pour faire vivre ses enfants dans Athènes affamée de l'hiver 1941, sur quoi une mère de famille doit-elle miser ?
Comme l'immense majorité des Athéniens, ces familles survécurent en troquant au marché noir leurs derniers biens — bijoux, linge, mobilier — contre un peu d'huile, de farine ou de légumes secs, et en faisant la queue aux soupes populaires organisées par les paroisses, les municipalités et les comités d'entraide. Les rations officielles, dérisoires et irrégulières, ne pouvaient maintenir personne en vie. L'hiver 1941-1942 fut pourtant un désastre : la « grande famine » tua des dizaines de milliers d'Athéniens, dont beaucoup s'effondraient dans les rues, ramassés au petit matin par des charrettes ; les plus faibles, vieillards et enfants, partirent les premiers. Le troc, l'entraide de quartier et la débrouille ne firent que retarder la mort des plus fragiles. Les secours d'ampleur — le blé canadien acheminé via la Suède neutre sous l'égide de la Croix-Rouge — n'arrivèrent qu'à partir de 1942, trop tard pour les premières victimes de cet hiver-là.









