Leningrad assiégée : la faim comme arme
À l'automne 1941, le de la Wehrmacht et les forces finlandaises ont bouclé Leningrad. Hitler ne veut pas prendre la ville d'assaut : il entend l'affamer et l'effacer. Le 8 septembre 1941, jour où l'encerclement terrestre est consommé, des bombes incendiaires détruisent les entrepôts Badaïev, où brûlent plusieurs milliers de tonnes de farine et de sucre. Près de 3 millions de civils, dont des centaines de milliers d'enfants, sont pris au piège avant l'hiver.
La direction de la ville repose sur , premier secrétaire du Parti pour la région, et le Conseil militaire du front. Faute de préparation à un siège hivernal, les vivres s'épuisent et la ration de pain est abaissée par paliers. Le 20 novembre 1941, elle tombe à son plus bas : le pain devient quasi l'unique aliment, coupé de 50 à 60 % de cellulose, de son et de sciure de pin. La carte de pain décide, littéralement, qui vit et qui meurt.
Le régime des cartes hiérarchise la population en catégories. Reste à fixer la logique de cette hiérarchie : réserver la part la plus forte aux ouvriers de l'armement et aux soldats du front, au risque de sacrifier les bouches improductives ? Protéger d'abord les enfants ? Ou imposer une ration égale pour tous, quitte à affaiblir ceux dont dépend la survie militaire de la ville ?
Comment répartir la ration de pain dans la ville encerclée et affamée ?
Les autorités soviétiques privilégièrent les ouvriers de l'industrie de guerre et les forces armées. À partir du 20 novembre 1941, les travailleurs manuels reçurent 250 grammes de pain par jour, tandis que les employés de bureau, les personnes à charge et les enfants de moins de 12 ans n'en recevaient que 125 grammes — la ration la plus basse. La mortalité explosa : fin décembre 1941, environ 3 000 personnes mouraient de faim chaque jour. Le ravitaillement ne vint pas de convois alliés mais de la « Route de la vie » sur le lac Ladoga gelé, ouverte le 22 novembre 1941, qui permit d'évacuer des civils et d'acheminer un filet de vivres. Le siège dura près de 900 jours ; les estimations de la mortalité civile vont d'environ 800 000 à un million de morts, en grande majorité par la faim.
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