L'enseignement clandestin dans le ghetto de Varsovie
À l'automne 1941, le ghetto de Varsovie est l'enfer démographique de l'Europe occupée. Scellé en novembre 1940, il enferme près de 460 000 Juifs sur environ 3,4 km². La ration officielle tombe à un niveau dérisoire : à peine 1 100 à 1 200 calories par jour, contre plus de 2 600 pour un Allemand. Dès l'été 1941, plus de 5 000 personnes meurent chaque mois de faim et de typhus ; entre 1940 et la mi-1942, on compte environ 83 000 morts par famine et maladie.
La question scolaire est inséparable de cette catastrophe. Après avoir fermé les écoles juives, l'occupant autorise en septembre 1941 le Judenrat (conseil juif présidé par ) à ouvrir une seizaine d'écoles primaires. Mais cet enseignement légal reste marginal et bref : les enfants de dix ans et plus sont happés par le travail forcé. L'essentiel de l'éducation se fait donc dans la clandestinité, via le réseau des komplety : petits groupes de six à vingt élèves réunis dans des appartements ou des soupes populaires financées par le Joint américain (JDC) et le CENTOS. Le diariste incarne ce monde enseignant pris au piège.
Pour ces maîtres, faire la classe relève d'un choix existentiel : continuer, c'est risquer la déportation, mais offrir aux enfants une structure et une raison de tenir.
Face à l'interdiction et à la famine, que font les enseignants juifs du ghetto pour leurs élèves ?
Dans leur grande majorité, les enseignants juifs de Varsovie ont maintenu un enseignement clandestin à travers le réseau des komplety, considéré comme une résistance spirituelle. Des centaines de petits groupes d'élèves fonctionnaient en 1941, souvent dissimulés derrière des cuisines populaires et des œuvres de l'enfance financées par le Joint et le CENTOS. Cet enseignement n'a pas sauvé les corps : à partir de l'été 1942, la grande déportation vers Treblinka a anéanti la quasi-totalité de la population du ghetto, enfants et maîtres compris, dont le diariste . Mais il a préservé, jusqu'au bout, une vie intellectuelle et une dignité que les nazis voulaient détruire.









