Le ghetto de Varsovie — la tentation de la délation
Le ghetto de Varsovie a été scellé le 16 novembre 1940. À l'intérieur, l'occupant a imposé un Conseil juif (Judenrat) présidé par et un Service d'ordre juif (Jüdischer Ordnungsdienst), police interne coiffée par les autorités allemandes. Très vite, dans une population affamée et terrorisée, l'occupant cherche aussi des informateurs : des agents capables de signaler biens cachés, marché noir, activités clandestines ou fugitifs.
Le phénomène le plus documenté est le « Groupe 13 » (la Trzynastka), du nom de son siège au 13, rue Leszno. Fondé en décembre 1940 et dirigé par , ce réseau de 300 à 400 hommes en uniforme — surnommé la « Gestapo juive » — rendait compte directement au Sicherheitsdienst. Sous couvert d'un bureau de lutte contre la spéculation, il rançonnait, faisait chanter et dénonçait. Pour un habitant ruiné par le bouclage, devenir indicateur, c'était la promesse d'un peu de pain, d'un sursis, parfois d'une protection pour les siens — au prix d'envoyer d'autres à la mort. Refuser, c'était rester exposé à la faim et au typhus qui tuaient déjà plus de 5 000 personnes par mois à l'été 1941.
Tenter le passage du « côté aryen » supposait chance, contacts polonais et argent, sous la menace des maîtres-chanteurs (les szmalcownicy). La question, posée à l'échelle d'un individu anonyme parmi des centaines de milliers, met en lumière les zones grises de la survie sous l'occupation.
Sollicité pour devenir indicateur au profit de l'occupant, un habitant du ghetto démuni doit-il accepter, refuser, ou tenter de passer du côté aryen ?
Dans le ghetto de Varsovie, une minorité contrainte ou appâtée accepta de servir d'indicateur à l'occupant, mais l'immense majorité des habitants refusa cette voie. Les réseaux de collaboration les plus visibles — au premier rang le « Groupe 13 » d', environ 300 à 400 hommes adossés au Sicherheitsdienst — furent honnis et dénoncés par la presse clandestine ; le Groupe fut dissous courant 1941 et Gancwajch, après avoir continué à servir les Allemands, disparut sans trace fiable à partir de la fin 1942. La délation resta donc un fait réel mais marginal, opérant dans les zones grises de la faim et de la peur, sans jamais devenir la norme d'une population qui, dans sa masse, refusa de livrer les siens.









