Frapper la flotte voisine pour briser les incursions
Depuis octobre 1940, l'Indochine française, ralliée au régime de Vichy et coupée de la métropole occupée, subit les coups d'un voisin enhardi. La Thaïlande du maréchal Phibun, encouragée par la défaite française de 1940 et par la pression japonaise, réclame des territoires frontaliers du Laos et du Cambodge et a lancé une offensive : c'est la guerre franco-thaïlandaise.
Le gouverneur général, l'amiral , dispose de forces réduites et sans renfort possible. Sur terre, les Thaïlandais, mieux dotés en aviation et en blindés, progressent ; l'armée d'Indochine, dispersée, peine à contenir les incursions. Mais Decoux conserve un atout : une petite escadre navale autour du croiseur léger Lamotte-Picquet, nettement supérieure à la marine thaïlandaise.
Le renseignement signale qu'une partie de la flotte thaïlandaise mouille près de l'île de Ko Chang, dans le golfe de Thaïlande. Decoux pèse une frappe préventive : porter un coup décisif sur mer pour soulager le front terrestre et restaurer le prestige français, en pariant sur l'effet de surprise. Mais l'opération est risquée — eaux semées d'îles, sous-marins ennemis possibles, et l'ombre du Japon, qui guette toute faiblesse pour s'imposer comme arbitre dans la région.
Decoux doit-il lancer son escadre frapper la flotte thaïlandaise mouillée à Ko Chang ?
Decoux choisit A : il ordonne au capitaine de vaisseau , à bord du Lamotte-Picquet et appuyé par plusieurs avisos, d'attaquer. Au matin du 17 janvier 1941, l'escadre française surprend les navires thaïlandais à Ko Chang : le garde-côtes Thonburi est mis hors de combat et échoué, les torpilleurs Songkhla et Chonburi coulés. La marine française remporte une nette victoire tactique, sans perdre un seul bâtiment — onze tués seulement. Mais le succès naval ne renverse pas la guerre terrestre, et il déclenche surtout ce que Tokyo attendait : le Japon impose sa médiation. Un armistice est signé le 31 janvier 1941 à bord du croiseur japonais Natori, puis un traité à Tokyo en mai laisse à la Thaïlande les territoires contestés. Vichy a gagné une bataille mais perdu la campagne — et confirmé l'emprise grandissante du Japon sur l'Indochine.









