Un convoi sans escorte au matin gris
Le croiseur lourd Admiral Hipper, commandé par le Kapitän zur See , opère seul dans l'Atlantique en février 1941, dans le cadre de l'offensive allemande contre les routes de ravitaillement britanniques. Après une croisière difficile et des avaries de machines récurrentes, le bâtiment cherche des proies à l'ouest de Brest, son port d'attache du moment.
Le 11 février, le Hipper a déjà coulé un retardataire isolé du convoi HG-53. Au petit matin du 12 février, ses guetteurs repèrent une cible bien plus tentante : le convoi SLS-64, dix-neuf cargos lourdement chargés venus de Sierra Leone vers la Grande-Bretagne. Détail décisif : ce convoi navigue sans aucune escorte de guerre, les marchands voyageant groupés mais désarmés.
Meisel mesure pourtant les risques. Son croiseur souffre de ses machines et brûle un carburant qu'il faut ménager ; rester sur zone pour anéantir méthodiquement un convoi, c'est multiplier les signaux radio et risquer de voir surgir une force de chasse de la Royal Navy, qui patrouille la région. Faut-il foncer sur une proie offerte, ou rompre vite pour préserver un navire isolé et fragile, loin de toute base ?
Meisel doit-il attaquer le convoi SLS-64 sans escorte au risque d'exposer un croiseur fragile ?
Meisel choisit A : à 06 h 15 le 12 février 1941, le Hipper ouvre le feu et lance des torpilles sur le convoi désarmé, qui se disperse en panique. En une attaque expéditive, le croiseur coule sept navires marchands — plus de 30 000 tonnes —, l'un des massacres de convoi les plus rapides de la bataille de l'Atlantique. L'équipage, exalté, surestimera même son tableau de chasse, revendiquant treize bâtiments. Mais l'épisode reste sans lendemain : usé par ses machines et à court de carburant, le Hipper rallie Brest dès le lendemain et n'effectuera plus de telle sortie. L'affaire illustre la vulnérabilité des convois SL non escortés et accélère la décision britannique de fournir une protection rapprochée à toutes les routes de l'Atlantique.









