La Regia Marina face à la Force H — cap Spartivento
L'amiral commande l'escadre de bataille de la Regia Marina, fer de lance de la marine de Mussolini en Méditerranée. Marin de carrière, il porte sur ses épaules une doctrine prudente héritée de l'état-major naval : la flotte est un capital trop précieux pour être risqué sans supériorité écrasante — la stratégie de la « flotte présente ».
Deux semaines plus tôt, la nuit de Tarente, les torpilleurs britanniques ont mis hors de combat la moitié des cuirassés italiens. Le traumatisme est vif. Pourtant, lorsque les Britanniques montent l'opération Collar pour ravitailler Malte, Campioni reçoit l'ordre d'intercepter — mais sans livrer de bataille décisive à moins de jouir d'un net avantage.
Le 27 novembre 1940, au large du cap Spartivento, en Sardaigne, sa force est puissante : deux cuirassés, le Vittorio Veneto et le Giulio Cesare, sept croiseurs lourds, seize destroyers. En face, la de l'amiral aligne un cuirassé, un croiseur de bataille, le porte-avions Ark Royal et plusieurs croiseurs. Les forces sont d'une équivalence inquiétante.
À midi, l'hydravion de reconnaissance du croiseur Gorizia confirme à Campioni la proximité des deux escadres. L'instant de vérité est arrivé.
Campioni doit-il engager le combat contre la Force H, ou rompre le contact pour préserver l’escadre ?
Campioni choisit B : jugeant les forces trop équilibrées et conformément à ses ordres, il commande aux groupes de croiseurs de se reformer sur les cuirassés et de décrocher. L'affrontement se réduit à une brève canonnade : un croiseur britannique et un destroyer italien sont endommagés, sans pertes décisives. Le convoi de l'opération Collar atteint Malte sans encombre. Côté britannique, Somerville est blâmé à l'Amirauté pour n'avoir pas poursuivi, puis innocenté par une commission d'enquête en décembre. Côté italien, le verdict est plus sévère : Campioni est limogé pour timidité le 8 décembre 1940, remplacé par l'amiral et relégué au Dodécanèse. La rencontre conforte la réputation de passivité de la Regia Marina, qui pèsera lourd sur le moral italien.









