Fegen et le Jervis Bay — convoi HX-84
Le convoi HX-84, trente-sept navires marchands chargés de ravitaillement, fait route de Halifax vers la Grande-Bretagne en novembre 1940. Pour toute escorte, il ne dispose que d'un croiseur auxiliaire — un ancien paquebot armé de vieux canons — le HMS Jervis Bay, commandé par le captain .
Le 5 novembre, au milieu de l'Atlantique, surgit le Admiral Scheer, un « cuirassé de poche » allemand aux canons de 280 mm, infiniment supérieur en portée et en puissance. Le Jervis Bay est totalement surclassé : il ne peut ni rivaliser ni distancer le raider. Derrière lui, les cargos sans défense et sans vitesse sont des proies faciles si le Scheer les atteint avant la nuit.
Fegen doit choisir en quelques minutes. Tenter de fuir avec son navire reviendrait à abandonner le convoi au massacre. Se rendre épargnerait son équipage mais livrerait les cargos. La troisième voie — foncer sur le cuirassé pour attirer son feu et donner aux marchands le temps de se disperser dans la nuit tombante — est presque sans espoir de survie.
Face au cuirassé de poche, que doit faire Fegen avec le Jervis Bay ?
Fegen ordonne C : il fait disperser le convoi et lance le Jervis Bay, drapeau hissé, droit sur l'Admiral Scheer, dont il attire le feu. Le combat est sans espoir — les obus allemands ravagent le croiseur auxiliaire — mais Fegen le prolonge près de deux heures, blessé, jusqu'à ce que son navire coule, l'emportant avec 189 hommes. Le sacrifice n'est pas vain : sur trente-sept cargos, trente-deux échappent au raider grâce au temps gagné et à l'obscurité. reçoit la Victoria Cross à titre posthume. L'épisode devient l'un des récits emblématiques de la bataille de l'Atlantique, illustrant le rôle vital — et le coût humain — de l'escorte des convois face aux raiders de surface allemands.









