Campioni face à Cunningham au large de Calabre
L'Amiral , 62 ans, commande la flotte de bataille de la Regia Marina, la marine royale italienne. Officier d'expérience, il sait que sa flotte n'a jamais affronté la Royal Navy depuis l'entrée en guerre de l'Italie, un mois plus tôt. Sa mission du jour est claire : couvrir le retour vers Tarente d'un convoi de ravitaillement parti vers la Libye, colonie italienne d'Afrique du Nord.
Le 9 juillet 1940, au large de Punta Stilo, sur la pointe de la Calabre, Campioni dispose de deux cuirassés modernisés, dont le Giulio Cesare, et d'une nombreuse escorte de croiseurs et de destroyers. Face à lui surgit la flotte méditerranéenne britannique de l'amiral , venue d'Alexandrie : trois cuirassés, dont le Warspite, et le porte-avions Eagle.
Les deux lignes de cuirassés s'ouvrent le feu à très longue distance. Vers 16h00, un obus du Warspite atteint le Giulio Cesare à près de 24 km — l'un des tirs au but les plus lointains jamais réalisés entre navires. Campioni voit l'un de ses deux bâtiments lourds touché alors que le convoi de Libye n'est pas encore à l'abri. Il doit décider en quelques minutes.
Faut-il poursuivre le duel d'artillerie contre une flotte britannique supérieure, ou rompre le combat pour préserver ses cuirassés ?
Campioni choisit B : touché sur le Giulio Cesare, il fait décrocher sa flotte derrière un épais rideau de fumée et se replie vers la Calabre, sous la protection de son aviation basée à terre. La bataille de Calabre (ou de Punta Stilo) reste indécise : aucun cuirassé n'est coulé de part et d'autre, et le convoi italien rallie Benghazi sain et sauf — l'objectif premier de Campioni est rempli. Mais le repli laisse à Cunningham un ascendant psychologique durable. La Royal Navy en tire la conviction qu'elle peut dominer la Méditerranée centrale, tandis que Rome adopte une posture plus prudente, la fleet in being. Campioni commandera encore quelques mois, puis passera à des fonctions territoriales. Fusillé en 1944 par la République de Salò pour avoir refusé de servir Mussolini après l'armistice de 1943, il sera réhabilité après-guerre.









