Pétain face à Mers-el-Kébir
La nouvelle de Mers-el-Kébir parvient à Pétain dans la soirée du 3 juillet : 1 297 marins français tués par la Royal Navy, alliée de la veille. Le pays est sous le choc ; l'opinion, déjà ébranlée par la défaite, attend une réponse forte. Pétain, qui achève d'installer son gouvernement, doit décider de la riposte.
Les pressions divergent. Laval pousse à la rupture maximale avec Londres. Darlan, dont la flotte vient d'être frappée, réclame des représailles. Baudouin, aux Affaires étrangères, plaide la prudence pour ne pas faire basculer la France dans le camp de l'Axe en belligérante.
Pour beaucoup de Français, le choc est d'autant plus vif que la Royal Navy était, dix jours plus tôt, une marine alliée combattant à leurs côtés. Pétain peut déclarer la guerre à Londres, ce qui ferait de Vichy un cobelligérant d'Hitler ; riposter par des représailles aériennes symboliques ; ou se limiter à la rupture diplomatique. Le choix engage l'orientation de tout le régime naissant et son rapport aux deux camps.
Quelle riposte Pétain doit-il opposer à l'attaque de Mers-el-Kébir ?
Pétain retient une combinaison de B et C : la France de Vichy rompt ses relations diplomatiques avec Londres le 5 juillet (rappel de l'ambassadeur Corbin), sans déclarer la guerre. Des représailles aériennes purement symboliques viseront Gibraltar à l'automne, sans résultat militaire. Mers-el-Kébir laisse une rancœur durable contre les Britanniques, que la propagande de Vichy exploite pour justifier l'éloignement de Londres et nourrir la dérive collaborationniste portée par Darlan et Laval. L'épisode illustre comment l'attaque britannique, conçue pour empêcher un basculement de la flotte, a paradoxalement renforcé l'antibritannisme de Vichy — sans pour autant précipiter la France dans une guerre ouverte contre l'Angleterre.









