Vincent Badie — Casino de Vichy, 10 juillet
, 41 ans, député radical-socialiste de l'Hérault, assiste à la manœuvre par laquelle Laval entend faire voter les pleins pouvoirs constituants à Pétain. Le 10 juillet 1940, au Casino de Vichy, il a rédigé avec quelques amis une contre-motion proposant une formule alternative : des pleins pouvoirs strictement limités à la durée des hostilités, sans révision constitutionnelle ni abandon de la République.
Badie sait qu'il sera minoritaire. L'atmosphère est lourde : la défaite, la présence allemande à quelques dizaines de kilomètres, la pression de Laval et l'absence de nombreux opposants (prisonniers ou bloqués sur le Massilia) écrasent toute velléité de résistance. Beaucoup pressentent que voter contre coûtera cher.
Radical-socialiste attaché à la laïcité et à la République, Badie n'a guère d'illusions sur l'issue du scrutin. Le dilemme est celui du courage politique en temps d'effondrement. Il peut voter non publiquement et signer une protestation, au risque de représailles ; voter oui avec une déclaration interprétative pour préserver l'avenir ; ou s'abstenir pour ne pas s'exposer. Badie doit choisir avant l'ouverture du scrutin.
Quelle position Badie doit-il adopter au moment du vote ?
Badie choisit A : il tente de défendre sa contre-motion et vote contre les pleins pouvoirs, aux côtés de 79 autres parlementaires — les « 80 de Vichy », parmi lesquels de nombreux socialistes, quelques radicaux, et des figures comme ou (, , , Daladier figurant parmi les opposants, certains absents car bloqués sur le Massilia). La motion Badie est écartée par la présidence. Ces 80 « non » deviendront le symbole de la résistance parlementaire à l'abdication ; plusieurs de leurs auteurs seront arrêtés, internés ou déportés. À la Libération, leur vote leur vaudra une réhabilitation politique, tandis que les votants du « oui » seront frappés d'inéligibilité.









