Laval au Casino de Vichy — 10 juillet
, vice-président du Conseil depuis le 23 juin, entend faire voter par les parlementaires — députés et sénateurs réunis en Assemblée nationale au Casino de Vichy — les pleins pouvoirs constituants au maréchal Pétain. Le 10 juillet 1940, environ 670 parlementaires sont présents ; quatre-vingts sont bloqués à Casablanca (affaire du Massilia), d'autres prisonniers ou en zone occupée, et les communistes ont été déchus dès 1939.
Le texte proposé donne à Pétain « tous pouvoirs à l'effet de promulguer une nouvelle constitution de l'État français ». C'est l'acte de décès de la IIIe République. Laval, manœuvrier hors pair, doit emporter une majorité aussi large que possible pour donner au geste une apparence de légitimité.
Trois méthodes s'offrent à lui : la pression et l'intimidation des hésitants, l'argument rassurant d'un vote « transitoire » jusqu'à la libération du territoire, ou le coup de force pur. Le choix déterminera la forme — légale ou brutale — de la liquidation de la République.
Comment Laval doit-il obtenir le vote des pleins pouvoirs ?
Laval combine A et B. Le 10 juillet 1940, l'Assemblée nationale vote les pleins pouvoirs par 569 voix pour, 80 contre et une vingtaine d'abstentions ou de non-votants. Le lendemain, Pétain promulgue le premier acte constitutionnel, se proclamant « chef de l'État français » : la IIIe République est abolie. Laval devient l'homme fort du régime, avant d'être un temps écarté (décembre 1940) puis rappelé en 1942 pour mener la collaboration. Jugé à la Libération, il est condamné à mort et fusillé en octobre 1945. Le vote du 10 juillet reste l'un des moments les plus controversés de l'histoire parlementaire française, symbole de l'abdication d'une République devant la défaite.









