Carol II face à Antonescu — Bucarest, 6 septembre 1940
, roi de Roumanie depuis 1930, a bâti une dictature royale autoritaire à Bucarest. Mais à l'été 1940, son trône vacille : son pays vient d'être démembré sans qu'un coup de feu soit tiré pour le défendre.
En quelques semaines, la Grande Roumanie a perdu la Bessarabie et la Bukovine du Nord au profit de l'URSS, le sud de la Dobroudja au profit de la Bulgarie, et — par le deuxième arbitrage de Vienne du 30 août 1940 imposé par Berlin et Rome — la Transylvanie du Nord au profit de la Hongrie. Acceptées par Carol, ces amputations le déconsidèrent totalement aux yeux de son peuple.
Début septembre, d'immenses manifestations réclament son abdication. La Garde de fer fasciste, menée par , organise l'agitation. Le 5 septembre 1940, sur le conseil de son entourage, Carol nomme le général président du Conseil et lui transfère l'essentiel de ses pouvoirs dictatoriaux.
Mais en quelques heures, Antonescu change d'avis : un roi affaibli ne lui suffit plus. Soutenu par les Allemands et par la rue, il exige le départ du souverain. Carol doit choisir : céder le trône à son fils Michel, ou tenter de se maintenir contre Antonescu et la Garde de fer.
Sommé par Antonescu et la rue de partir, que décide Carol II ?
choisit A. Le 6 septembre 1940, il abdique en faveur de son fils de 18 ans, qui devient . Antonescu s'impose comme Conducător (« Conducteur ») et instaure, avec la Garde de fer, l'« État national-légionnaire ». Carol quitte précipitamment la Roumanie par train, emportant une partie de sa fortune et sa compagne ; des légionnaires tirent sur le convoi à la gare de Timișoara sans l'atteindre. L'ex-roi s'exile et ne reverra jamais son pays. Le jeune Michel, lui, restera un monarque sous tutelle jusqu'en 1944, où il jouera un rôle décisif en renversant Antonescu et en faisant basculer la Roumanie dans le camp allié.









