Pétain à Montoire — 24 octobre
À l'automne 1940, le vice-président du Conseil œuvre à un rapprochement avec l'Allemagne, qu'il croit victorieuse pour longtemps. Il organise une rencontre entre Hitler, de retour de Hendaye, et le maréchal Pétain, chef de l'État français. Elle a lieu le 24 octobre 1940 à la gare de Montoire-sur-le-Loir, dans la zone occupée.
Hitler cherche à entraîner Vichy dans une coopération plus active contre la Grande-Bretagne. Pétain, lui, veut surtout préserver l'unité du territoire, l'Empire et le sort des prisonniers — deux millions d'hommes retenus en Allemagne servent de moyen de pression. Il sait aussi que tout engagement aux côtés du Reich serait lourd de conséquences morales et internationales.
L'instant est immortalisé par une poignée de main entre le maréchal et le Führer, captée par la propagande. Au-delà du geste, Pétain doit décider de la portée de sa réponse : s'engager dans une collaboration politique et militaire active, la refuser, ou afficher un principe de « collaboration » sans contenu concret pour gagner du temps et des contreparties.
Jusqu'où Pétain doit-il s'engager dans la collaboration que lui propose Hitler ?
Pétain retient C. À Montoire, il accepte le principe d'une « collaboration » mais ne signe aucun engagement militaire contre la Grande-Bretagne ; il cherche des garanties sur l'Empire et les prisonniers, que Hitler n'accorde pas. Le 30 octobre, il déclare à la radio entrer « dans la voie de la collaboration ». Le mot, et surtout la photographie de la poignée de main, marquent durablement les esprits : Montoire devient le symbole du choix de Vichy, opposé dans la mémoire nationale à l'Appel du 18 juin. Concrètement, la collaboration d'État s'approfondira en 1941-1942 (police, économie, livraison de Juifs), sans jamais déboucher sur la cobelligérance que Hitler espérait. Montoire scelle l'orientation politique du régime bien plus qu'il ne produit d'effets militaires immédiats.









