Le premier saut : un raid sans filet de retour
Au début de 1941, la Grande-Bretagne ne possède encore aucune véritable force aéroportée. Frappé par les succès des parachutistes allemands en 1940, Churchill a réclamé la création d'une troupe parachutiste ; le tout jeune , dérivé du , vient à peine de s'entraîner. L'état-major cherche une première mission pour éprouver l'arme nouvelle.
L'objectif retenu est l'aqueduc du Tragino, dans le sud de l'Italie, près de Calitri, qui alimente en eau la région et le port militaire de Tarente. Le détruire perturberait l'approvisionnement d'une zone abritant de grandes bases. Une trentaine d'hommes — sept officiers et trente et un sous-officiers et soldats, désignés X Troop sous le major Pritchard — doivent être largués de nuit par des bombardiers Whitley.
Le point faible est l'extraction. Aucune récupération aérienne n'est possible : après le sabotage, les hommes devront marcher une cinquantaine de milles à travers un territoire ennemi montagneux jusqu'à l'embouchure du fleuve Sele, où un sous-marin, le HMS Triumph, doit théoriquement les recueillir. L'état-major sait que ce plan de retour est extrêmement fragile.
Les planificateurs britanniques doivent-ils lancer ce premier raid aéroporté malgré l'absence d'extraction fiable ?
L'état-major choisit A : dans la nuit du 10 au 11 février 1941, l'opération Colossus envoie X Troop sur le Tragino. L'aqueduc est dynamité, et un pont voisin s'effondre. Mais la suite confirme les craintes : un Whitley en panne, chargé d'une diversion, amerrit près du point de rendez-vous ; craignant que les Italiens aient intercepté son message radio et tendent un piège, le commandement annule l'envoi du Triumph. Privés d'extraction, les 38 hommes sont tous capturés en quelques jours. L'interprète italo-britannique sera fusillé à Rome. L'aqueduc, par surcroît, est réparé avant l'épuisement des réserves d'eau. Échec tactique, l'opération fournit pourtant des leçons décisives qui mèneront à l'expansion des forces aéroportées britanniques.









