Un cuirassé d'escorte sur la route du convoi
Le vice-amiral commande la plus puissante sortie de surface allemande depuis le début de la guerre. Le 4 février 1941, ses deux croiseurs de bataille, le Scharnhorst et le Gneisenau, ont forcé le détroit du Danemark pour mener une vaste campagne de guerre de course dans l'Atlantique : l'opération Berlin.
Sa mission, fixée par le grand-amiral Raeder, est de détruire le tonnage marchand allié, vital pour le ravitaillement de la Grande-Bretagne. Mais elle est assortie d'une consigne stricte, héritée de la prudence d'Hitler après la perte du Graf Spee : ne pas engager de bâtiment de ligne ennemi et préserver à tout prix ces navires irremplaçables.
Le 8 février, au large dans l'Atlantique Nord, les guetteurs repèrent le convoi HX-106, une quarantaine de cargos venus d'Halifax. C'est exactement la proie recherchée. Mais le convoi est accompagné d'un vieux cuirassé de la Royal Navy, le Ramillies, lent et daté, dont les canons de 381 mm restent toutefois capables d'infliger des coups mortels. Les croiseurs de Lütjens sont plus rapides et leurs pièces de 280 mm portent plus loin ; le commandant du Scharnhorst propose même d'attirer le cuirassé pour laisser le Gneisenau massacrer les marchands.
Lütjens doit-il attaquer le convoi malgré la présence du cuirassé Ramillies, ou rompre ?
Lütjens choisit B : strictement fidèle à la directive d'Hitler, il refuse l'offre de son subordonné et fait rompre le contact. Le convoi HX-106 poursuit sa route intact. La prudence de Lütjens — qui privilégie la préservation de ses deux unités sur la destruction du tonnage — préfigure le dilemme permanent de la Kriegsmarine de surface : des navires trop précieux pour être risqués deviennent presque inutilisables. L'opération Berlin n'en sera pas moins, sur deux mois, la croisière de guerre la plus rentable de la marine allemande, avec 22 navires coulés ou capturés en évitant systématiquement les escortes lourdes. Quelques mois plus tard, Lütjens repartira avec le Bismarck — et cette fois, l'affrontement avec les cuirassés britanniques lui coûtera la vie.









