Bangkok lorgne les provinces perdues du Mékong
, surnommé Phibun, général de division devenu Premier ministre en 1938, dirige une Thaïlande gagnée par un nationalisme militariste. Officier formé en France, il a rebaptisé le Siam en « Thaïlande » et cultive le rêve de récupérer les territoires que le royaume avait dû céder à la France sous le règne de Chulalongkorn, au tournant du siècle.
Ces provinces — des morceaux du Laos et du Cambodge sur la rive droite du Mékong, dont Battambang et la région d'Angkor — sont aux mains de l'Indochine française. Or, cette Indochine est désormais celle de Vichy : coupée de la métropole, exsangue, et humiliée en septembre 1940 par l'occupation japonaise du Tonkin, qu'elle a dû accepter sans combattre.
Phibun perçoit là une fenêtre historique. La France est vaincue, sa garnison d'Indochine sous-équipée — une poignée de chars Renault FT face à une armée thaïe modernisée. À Bangkok, les manifestations anti-françaises se multiplient ; l'armée de l'air thaïe, dotée de bombardiers américains, est prête.
En ce mois de novembre 1940, le Premier ministre doit trancher : se contenter de revendications diplomatiques, ou laisser parler les armes contre un voisin affaibli.
Phibun doit-il lancer des incursions armées en Indochine pour reprendre les provinces perdues, ou s'en tenir à la pression diplomatique ?
Phibun choisit A : dès novembre 1940, ses forces sondent les positions françaises. Des tirs d'artillerie et des raids transfrontaliers visent les provinces disputées, tandis que l'armée de l'air royale bombarde Vientiane, Phnom Penh, Sisophon et Battambang. Le 23 novembre 1940, six bombardiers thaïs frappent une base aérienne française ; deux sont abattus par des chasseurs Morane-Saulnier. Ces escarmouches dégénèrent en guerre ouverte début janvier 1941, lorsque l'armée thaïe envahit le Laos et le Cambodge. Battue sur mer à Koh Chang, mais victorieuse à terre, la Thaïlande obtient gain de cause grâce à la médiation japonaise de mai 1941 : Tokyo lui adjuge les provinces convoitées. Triomphe personnel pour Phibun, le succès l'enferme dans l'orbite japonaise, prélude à l'alliance de décembre 1941.









