Un prêtre polonais face à la Gestapo
Le curé T., vicaire dans une paroisse de la banlieue de Cracovie, a 45 ans et a survécu à 2 ans d'occupation. Il a appris à ne pas regarder ce qu'il vaut mieux ne pas avoir vu. Mais il sait depuis plusieurs semaines qu'une famille juive — le père, la mère, leurs 2 enfants — se cache dans la cave d'une maison à 200 mètres de son presbytère.
En novembre 1941, le décret du Gouvernement général punit de mort tout Polonais qui aide, abrite ou nourrit un Juif — ainsi que tous les membres de sa famille. La peine s'applique aussi aux voisins. La Gestapo multiplie les perquisitions dans le quartier, et des informateurs ont été recrutés. Ce matin, une convocation arrive au presbytère pour un entretien de routine avec le commissaire de quartier. Le curé ignore si la Gestapo a une piste précise ou s'il s'agit d'une vérification aléatoire.
Il peut garder le silence lors de l'entretien et nier toute connaissance d'irrégularités dans son voisinage ; avertir discrètement la famille avant de se rendre à la convocation, pour lui donner le temps de se déplacer ; ou révéler à la Gestapo ce qu'il sait, pour éviter les conséquences sur sa paroisse et sur sa propre famille.
Convoqué pour un entretien de routine par la Gestapo, ce prêtre doit-il garder le silence sur une famille juive cachée dans son voisinage, avertir discrètement cette famille ou révéler ce qu'il sait ?
La plupart des Polonais qui savent des Juifs cachés dans leur voisinage choisissent le silence, dans un contexte de peine capitale collective unique en Europe occupée. On estime qu'environ 450 000 Juifs polonais bénéficient d'une aide ou d'une cachette à un moment ou un autre, impliquant 1 à 3 millions de Polonais. L'Église catholique ne donne pas de directive officielle centralisée. Des prêtres fournissent de faux certificats de baptême, d'autres savent sans agir, certains dénoncent. Yad Vashem reconnaît plus de 6 700 Polonais au titre des Justes parmi les nations — le plus grand nombre national — signe à la fois de l'aide apportée et de l'ampleur des besoins. La question de ce curé fictif de Cracovie est celle de centaines de milliers de voisins dans la Pologne occupée.
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