L'instituteur de Belgrade sous l'occupation
À l'automne 1941, Belgrade vit sous occupation allemande depuis l'invasion d'avril. La Serbie forme le Territoire du commandant militaire en Serbie ; le 29 août 1941, les Allemands y installent le Gouvernement de salut national du général , chargé de rétablir l'ordre et de combattre l'insurrection des Tchetniks de Mihailović et des Partisans de Tito. La répression est effroyable : en octobre, le général Böhme applique un quota de 100 otages fusillés pour chaque soldat allemand tué, d'où les massacres de Kraljevo et de Kragujevac, où périssent des classes entières de lycéens et leurs professeurs.
Le régime entend reprendre en main la jeunesse. Le ministre de l'Éducation , du mouvement fasciste Zbor de Ljotić, refonde l'école : retour à un cycle primaire de quatre ans, programmes réorientés vers la religion orthodoxe, la langue et l'histoire serbes, les valeurs rurales, sous le signe d'un anticommunisme militant et de l'idée d'obnova, le renouveau national.
Pour l'instituteur, reprendre les cours signifie servir d'auxiliaire à cette entreprise d'endoctrinement. Le corps enseignant est surveillé, sommé de loyauté et progressivement purgé : les maîtres suspects de sympathies communistes sont écartés. Beaucoup sont déchirés entre nourrir leur famille, instruire les enfants malgré tout, et refuser de cautionner la propagande du régime.
À la réouverture des écoles sous le régime Nedić, cet instituteur de Belgrade doit-il reprendre son poste, refuser d'enseigner, ou basculer dans la résistance clandestine ?
Sous le régime Nedić, la grande majorité des instituteurs serbes ont repris leur poste à la réouverture des écoles, par nécessité matérielle et pour continuer d'instruire les enfants, tout en s'accommodant tant bien que mal d'un programme d'obnova nationale imposé par le ministre (cycle primaire ramené à quatre ans, éducation religieuse et nationale, anticommunisme). Le corps enseignant fut étroitement surveillé, soumis à des exigences de loyauté, et progressivement purgé de ses éléments jugés communistes ou récalcitrants : le régime écarta des milliers d'éducateurs. Une minorité rejoignit ou aida la résistance ; d'autres furent révoqués ou se retirèrent. Il n'y a pas de destin individuel documenté à singulariser : l'expérience collective fut celle du compromis contraint sous une occupation marquée, dès octobre 1941, par des représailles de masse (Kraljevo, Kragujevac).









