Oneg Shabbat : que faire de la mémoire du ghetto ?
dirige depuis plusieurs mois un réseau secret qu'il a baptisé — du nom du jour de sabbat où ses membres se réunissent. Dans les rues et les caves du , des dizaines de collaborateurs collectent journaux intimes, témoignages, statistiques, affiches, dessins d'enfants, correspondances. L'objectif est de documenter avec rigueur ce que subissent les 450 000 Juifs enfermés derrière les murs.
En ce début de 1942, les premières informations sur les massacres de masse perpétrés à l'est filtrent dans le ghetto. Ringelblum sait, ou devine, que la destruction systématique approche. La masse de documents accumulés représente un témoignage irremplaçable — mais aussi un danger mortel pour quiconque la détient ou en connaît l'existence. Si les archives sont découvertes, l'ensemble du réseau sera anéanti.
Ringelblum doit décider de l'avenir de cette mémoire collective : intensifier la collecte et enfouir les documents dans des bidons de lait et des boîtes métalliques sous les bâtiments du ghetto, pour qu'ils survivent là où les hommes ne le pourront peut-être pas ; renoncer à poursuivre une activité dont la découverte condamnerait tous les membres du réseau ; ou tenter d'acheminer clandestinement les documents vers l'Occident, au risque que le convoyage échoue et que rien ne soit sauvé.
Ghetto de Varsovie, février 1942, historien clandestin : que faire des archives d'Oneg Shabbat pour qu'elles survivent à leurs auteurs ?
Ringelblum et son réseau poursuivent la collecte et enfouissent les archives en 3 caches successives, entre 1942 et 1943. La quasi-totalité des membres d' périt pendant la guerre ; Ringelblum lui-même est exécuté en mars 1944. Après la libération, 2 des 3 caches sont retrouvées sous les ruines du ghetto : des milliers de documents — journaux, lettres, rapports, dessins — qui constituent l'un des témoignages les plus complets et les plus précieux sur la , la voix des victimes transmise par-delà leur mort.
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