Maciej Rataj — rue Filtrowa, 28 novembre
, 55 ans, est l'une des figures politiques les plus respectées de la Pologne d'entre-deux-guerres. Issu d'une famille paysanne de Galicie, instituteur puis avocat, membre du Parti populaire polonais "Piast" (PSL "Piast") puis du PSL unifié à partir de 1931. Président du Sejm (Diète) polonais de 1922 à 1928 — le plus long mandat de la IIème République. Auteur du texte de la Constitution de 1921 dans sa rédaction finale. Président par intérim de la République polonaise en décembre 1922 après l'assassinat de (16 décembre 1922). En 1939, président du PSL Piast.
Au 1er septembre 1939, Rataj refuse de quitter Varsovie malgré son âge et ses problèmes de santé (cœur faible). Pendant le siège, il visite les hôpitaux, encourage les blessés, plaide pour la résistance. Après la capitulation du 28 septembre, il devient l'une des figures-pivots de la direction politique clandestine — il est appelé à participer aux négociations qui donneront naissance au WRN socialiste, à la Centrale paysanne clandestine (ROCh, Ruch Oporu Chłopskiego, "Mouvement de Résistance Paysanne"), et à la Délégation du gouvernement en Pologne.
Son autorité morale est indispensable au gouvernement clandestin polonais : il représente la continuité républicaine d'avant-guerre, la tradition démocratique. Mais sa visibilité fait de lui une cible. Trois options s'offrent à lui pour l'automne 1939 : disparaître entièrement dans la clandestinité avec faux papiers et déménagements incessants, poursuivre ouvertement son rôle de référence morale au péril de sa vie, ou gagner Paris pour conseiller Sikorski en exil.
Comment Rataj doit-il se protéger à l'automne 1939 ?
Rataj choisit B. Il vit ouvertement à Varsovie sous son vrai nom, dans son appartement de la rue Filtrowa, assumant pleinement son rôle de référence morale. Le 28 novembre 1939, la Gestapo l'arrête lors d'une rafle générale des élites politiques polonaises — dans le cadre de la "purification politique préventive" planifiée par . Détenu à Pawiak, transféré à Aleja Szucha (siège de la Gestapo), interrogé sans torture mais avec pression psychologique. La Gestapo le considère comme détenteur d'informations cruciales sur l'organisation clandestine.
Au cours de l'AB Aktion, est emmené avec 357 autres prisonniers dans la forêt de Palmiry le 21 juin 1940, où il est exécuté par fusillade — au même moment que (PPS), (champion olympique), et d'autres élites politiques de la IIème République. Identification de son corps par sa fille après-guerre (1946) — il portait sur lui une médaille religieuse de sa mère. Aujourd'hui, son nom est honoré : musée Rataj à Chłopy (village natal), rue à Varsovie. Le PSL d'après-guerre, marginalisé puis fusionné de force avec le PZPR communiste en 1949, restera la branche perdue de la démocratie polonaise jusqu'à 1989. Rataj est l'une des figures historiques de référence de l'actuel PSL (parti agrarien polonais post-1989). Sa décision de rester en 1939 — assumant pleinement le rôle de référence morale au risque de sa vie — est emblématique du sacrifice des élites politiques polonaises pendant la guerre.









