Ciano convoque les ambassadeurs — 10 juin
, 37 ans, gendre de Mussolini et ministre des Affaires étrangères depuis 1936, est l'un des hommes les plus en vue du régime fasciste — brillant, mondain, ambitieux. Le 10 juin 1940, l'Italie a décidé d'entrer en guerre aux côtés de l'Allemagne, et c'est à Ciano, en tant que chef de la diplomatie, qu'incombe d'en notifier officiellement les ambassadeurs de France et de Grande-Bretagne au Palazzo Chigi.
Or Ciano est intimement hostile à cette guerre. Son journal, tenu au jour le jour, montre depuis des mois sa méfiance envers l'alliance allemande : il préférerait un rapprochement avec Londres et juge l'armée italienne mal préparée. Et il dépend entièrement de son beau-père, dont la faveur seule assure sa position.
La scène est codifiée par le protocole diplomatique, mais elle engage l'avenir personnel de Ciano autant que celui de l'Italie. Notifier lui-même la déclaration, c'est s'associer publiquement à une décision qu'il désapprouve ; s'y dérober ou démissionner, c'est rompre avec Mussolini et se condamner politiquement.
Ciano doit-il remettre la déclaration de guerre, ou se désolidariser de la décision de Mussolini ?
Ciano choisit A : à 16h45, il convoque au Palazzo Chigi l'ambassadeur de France et l'ambassadeur britannique pour leur remettre la déclaration de guerre, qui prend effet à minuit. Il reste aux Affaires étrangères jusqu'en février 1943. Son hostilité croissante à la guerre le conduira, le 24 juillet 1943, à voter au Grand Conseil fasciste la motion qui renverse Mussolini. Arrêté ensuite par la République sociale italienne, il est fusillé à Vérone le 11 janvier 1944, sur ordre de Mussolini lui-même — son beau-père sacrifiant son gendre. Sa veuve Edda, fille du Duce, parviendra à sauver le manuscrit du Journal, publié après-guerre : il reste l'une des sources majeures sur la diplomatie de l'Axe. François-Poncet, lui, sera plus tard interné par les Allemands.









