Staline 60 ans — Hitler au Kremlin
Le 21 décembre 1939, fête officiellement ses 60 ans (date conventionnelle — il était en réalité né en 1878 ou 1879 selon les sources géorgiennes). L'occasion est utilisée par le régime pour orchestrer le point culminant du culte de la personnalité. Préparation : depuis octobre 1939, le Politburo prépare des cérémonies dans toutes les républiques. Affiches géantes (jusqu'à 30 mètres de hauteur sur la place Rouge), discours publics dans toutes les usines, défilés militaires, premières des films d'Eisenstein et Pudovkin célébrant les « victoires staliniennes ».
Le moment est délicat. La Guerre d'Hiver se déroule mal — Suomussalmi tombe le 30 décembre, Raate le 7 janvier. L'expulsion de la SDN est intervenue le 14 décembre. Le 60e anniversaire doit montrer la stature géopolitique de Staline indépendamment des revers militaires.
Staline reçoit personnellement aux Bains du Kremlin : Molotov, Beria, Vorochilov, Kaganovitch, Mikoyan, Khrouchtchev, Jdanov, Malenkov — le Politburo réuni. Cadeau central : Hitler envoie un télégramme personnel : « Mes meilleurs vœux pour votre santé, pour votre 60e anniversaire, ainsi que pour un avenir heureux des peuples de l'amicale Union soviétique. » Ribbentrop double : « Souvenir de la mémorable rencontre au Kremlin. »
Staline doit décider du registre de sa réponse publique.
Staline doit-il répondre publiquement aux félicitations de Hitler ?
Staline choisit A. Le 23 décembre 1939, télégramme public de Staline à Hitler : « Je vous remercie, Monsieur le Chancelier du Reich, pour vos félicitations. L'amitié des peuples allemand et soviétique, scellée dans le sang, a toutes raisons d'être durable et solide. » La formule « scellée dans le sang » (krov'iu skreplennaya) crée scandale dans les chancelleries occidentales : à quel « sang » Staline fait-il référence ? Au sang versé conjointement sur la Pologne en septembre 1939. La phrase circule dans les éditoriaux du Times et du New York Times dans les jours qui suivent. Hitler répond par un télégramme public non moins chaleureux le 25 décembre. Cette publicité aggrave l'image internationale de l'URSS comme co-belligérant nazi. Mais Staline reste imperturbable. Pendant le déjeuner d'anniversaire au Kremlin, Beria lui présente le rapport NKVD des 22 000 officiers polonais détenus dans les camps de Kozelsk, Starobielsk, Ostachkov. Staline marque le rapport : « À traiter ». C'est cette ordonnance qui aboutira, trois mois plus tard, au massacre de Katyn (5 mars 1940, signature de Beria-Vorochilov-Molotov-Mikoyan-Staline). L'anniversaire de Staline du 21 décembre 1939 reste le point culminant absolu du culte de la personnalité. Staline mourra en mars 1953.









