Mussolini face à l'hiver de la débâcle
L'hiver 1940-1941 est catastrophique pour Mussolini : son armée recule en Albanie devant les Grecs, sa est anéantie en Libye, et l'Afrique orientale s'effondre. Le prestige du régime fasciste, fondé sur le mythe de la puissance militaire, est ruiné. Lancée en octobre 1940 dans l'espoir d'un triomphe rapide, l'offensive italienne contre la Grèce a tourné au fiasco : la contre-attaque grecque a porté les combats loin à l'intérieur de l'Albanie occupée, et la perte de l'Afrique orientale paraît désormais inéluctable. Le Duce cherche des gestes pour redresser le moral et masquer la faillite de son état-major.
Une mesure spectaculaire est à l'étude : envoyer au front d'Albanie, comme combattants, les hauts dignitaires et ministres du régime âgés de moins de 45 ans. L'idée se veut un exemple de sacrifice de l'élite fasciste, censé galvaniser la nation.
Mussolini doit peser ce choix de communication politique dans la tourmente : multiplier ces gestes symboliques pour entretenir la mystique du régime ; au contraire reconnaître la gravité de la situation militaire et réformer en profondeur un commandement défaillant ; ou se résigner à demander une aide allemande massive, au prix d'une perte d'indépendance.
Comment Mussolini doit-il répondre à la débâcle de l'hiver 1940-1941 ?
Mussolini privilégie A — l'envoi des ministres au front, le 27 janvier 1941, relève surtout de la propagande ; son propre gendre, le comte Ciano, ministre des Affaires étrangères, rejoint une unité aérienne — tout en glissant, contraint, vers C. Le geste, jugé « bizarre » par les observateurs, divertit l'arrière plus qu'il ne galvanise, et indispose les dignitaires arrachés au confort de Rome. Surtout, il ne change rien à la réalité militaire. Dans les semaines qui suivent, Mussolini doit accepter ce qu'il avait refusé : l'aide allemande, avec l'arrivée de Rommel en Libye, puis l'invasion allemande de la Grèce et de la Yougoslavie au printemps. L'Italie, censée mener une « guerre parallèle » autonome, devient de fait le partenaire subordonné de l'Allemagne. L'hiver 1940-1941 marque la perte définitive de l'initiative stratégique de Mussolini.









