Bucarest — la rébellion légionnaire
Depuis septembre 1940, le général partage le pouvoir avec la Garde de fer (la Légion) de , dans un « État national-légionnaire » miné par les rivalités. Les légionnaires multiplient violences, assassinats et mainmise sur l'économie ; Antonescu, soucieux d'ordre et soutenu par l'armée et par Berlin, veut les brider. Hitler, qui a besoin d'une Roumanie stable comme base arrière et fournisseur de pétrole avant Barbarossa, préfère nettement Antonescu à l'agitation légionnaire.
Le 20 janvier 1941, le meurtre d'un officier allemand à Bucarest sert d'étincelle. Antonescu décide de réduire les pouvoirs des légionnaires et de limoger leurs hommes des postes clés. La Légion se soulève alors ouvertement contre lui : barricades, occupation de bâtiments publics, combats de rue dans la capitale.
Antonescu se trouve devant un choix décisif : écraser par la force la rébellion de son propre allié, au risque d'une guerre civile et de mécontenter une partie de l'extrême droite ; composer avec Sima pour préserver la coalition ; ou s'en remettre à l'arbitrage allemand. Le sort du régime et l'ordre dans un pays clé pour l'Axe sont en jeu.
Face au soulèvement de la Garde de fer, que doit faire Antonescu ?
Antonescu choisit A, avec l'aval de Hitler : l'armée écrase la rébellion légionnaire en trois jours (21-23 janvier 1941). Mais durant ces journées, les légionnaires déchaînent un pogrom d'une sauvagerie extrême dans les quartiers juifs de Bucarest : entre 125 et 151 Juifs assassinés selon les sources, des dizaines exécutés dans la forêt de Jilava et à l'abattoir municipal, synagogues et centaines de commerces saccagés. La Garde de fer est ensuite dissoute, des milliers de ses membres emprisonnés — pour rébellion, non pour le pogrom — et s'enfuit en Allemagne. Antonescu, désormais seul maître, engagera la Roumanie dans Barbarossa aux côtés du Reich et portera une lourde responsabilité dans l'extermination des Juifs de Roumanie et des territoires occupés.









