Antonescu et la Garde de fer — Bucarest
L'été 1940 a mutilé la Roumanie : pressée par Moscou, Berlin et Budapest, elle a cédé la Bessarabie à l'URSS, le nord de la Transylvanie à la Hongrie (second arbitrage de Vienne, 30 août) et le sud de la Dobroudja à la Bulgarie. Le pays a perdu un tiers de son territoire sans combattre. Le roi , discrédité, a appelé le général à la tête du gouvernement le 4 septembre, avant d'abdiquer le 6 en faveur de son fils Michel et de quitter le pays — emportant, dit-on, une partie du trésor.
Antonescu, militaire autoritaire, concentre désormais les pouvoirs sous le titre de Conducător. Mais il ne dispose pas d'un parti de masse. Le seul mouvement capable de mobiliser la rue est la Garde de fer (la Légion de l'Archange Michel) de , formation ultranationaliste, antisémite et violente, qui réclame sa part du pouvoir.
Antonescu doit décider de la nature de son régime : gouverner seul par l'armée, s'associer la Garde de fer pour s'appuyer sur sa base populaire, ou tenter de la tenir à distance au risque de l'affrontement immédiat.
Sur quelle base Antonescu doit-il fonder son pouvoir ?
Antonescu choisit B. Le 14 septembre 1940, il proclame l'État national-légionnaire, partageant le pouvoir avec la Garde de fer. L'alliance est instable dès l'origine : la Légion multiplie violences et assassinats (dont le pogrom et les meurtres de Jilava en novembre), tandis qu'Antonescu veut l'ordre et l'appui allemand. En janvier 1941, la rivalité dégénère en rébellion légionnaire, qu'Antonescu écrase avec l'aval de Hitler, devenant seul maître du pays. Allié de l'Axe, il engagera la Roumanie aux côtés du Reich dans l'invasion de l'URSS et porte une lourde responsabilité dans la Shoah en Roumanie et dans les territoires occupés. Jugé après-guerre, il est exécuté en 1946.









