Le Lancastria à Saint-Nazaire
Après Dunkerque, des dizaines de milliers de soldats britanniques et de civils alliés restent à évacuer des ports de l'Ouest de la France : c'est l'opération Aerial. Le 17 juin 1940, à Saint-Nazaire, le paquebot Lancastria, navire de fort tonnage, se présente pour embarquer une foule de réfugiés et de militaires pressés de fuir l'avance ennemie.
Le commandement fait face à un dilemme cruel propre aux évacuations d'urgence. Charger massivement le navire bien au-delà de sa capacité normale pour sauver le plus de monde possible en un seul voyage, au risque qu'une catastrophe fasse des milliers de victimes d'un coup. Limiter le nombre d'embarqués aux normes de sécurité, en laissant des hommes à terre face à l'ennemi qui approche. Ou attendre une escorte et des conditions plus sûres, au prix d'un temps précieux sous la menace aérienne.
L'urgence — les Allemands sont tout proches, la France capitule — plaide pour embarquer le maximum. Mais le port et la rade sont exposés aux attaques de la Luftwaffe, et un navire bondé sans protection serait terriblement vulnérable. Que doit décider le commandement ?
Le commandement doit-il surcharger le Lancastria, limiter les embarquements, ou attendre une escorte ?
C'est A qui prévaut, et il tourne au désastre : surchargé de peut-être six à neuf mille personnes, le Lancastria est attaqué par des bombardiers allemands et coule en une vingtaine de minutes le 17 juin 1940. Le bilan, jamais établi avec certitude, se situe dans une fourchette d'environ 3 500 à 5 800 morts — la pire catastrophe maritime de l'histoire britannique, plus meurtrière que le Titanic et le Lusitania réunis. Churchill, jugeant la nouvelle insupportable après la chute de la France, en interdit la publication ; l'ampleur du drame ne sera connue que bien plus tard. Le naufrage du Lancastria illustre le coût humain dramatique des évacuations d'urgence — et le poids des choix faits dans la panique de juin 1940.









