Le Kanalkampf — retirer les destroyers ?
Fin juillet 1940, l'Amirauté britannique fait face à un dilemme dans le détroit du Pas-de-Calais. Depuis le début du mois, la Luftwaffe a ouvert le Kanalkampf — la « bataille de la Manche » —, prélude à toute invasion : elle s'en prend aux convois côtiers qui longent les côtes anglaises et aux navires de guerre basés à Douvres, à portée immédiate des aérodromes allemands installés en France occupée.
Les pertes s'accumulent. Le 25 juillet, la d' attaque un convoi dans le détroit avec l'appui d'unités navales légères ; repoussée le jour, elle revient de nuit, et le convoi perd 11 de ses 21 navires. Les destroyers de la Royal Navy, indispensables pour escorter les convois et, surtout, pour briser toute future flotte d'invasion, deviennent des cibles trop exposées en plein jour dans ces eaux resserrées.
Maintenir le trafic côtier diurne, c'est nourrir l'économie et affirmer le contrôle de la Manche, mais sous un déluge de bombes. Retirer les destroyers de Douvres en plein jour, c'est concéder de fait la maîtrise du détroit à la Luftwaffe aux heures de clarté. L'Amirauté doit choisir.
Retirez-vous les destroyers du détroit de Douvres le jour, cédant la Manche à la Luftwaffe — ou continuez-vous à faire passer les convois côtiers sous les bombes ?
L'Amirauté applique A. Le 26 juillet, elle interdit à tout navire de franchir Douvres de jour ; le 28 juillet, les destroyers sont retirés de Douvres vers Portsmouth, et toute la moitié est de la Manche devient interdite aux destroyers britanniques en plein jour. Les dragueurs de mines, eux, poursuivent leur travail pour garder l'accès ouvert en cas de besoin. Côté allemand, on y voit « un succès significatif » laissant espérer la domination du détroit aux heures de clarté. Mais l'essentiel échappe à la Luftwaffe : la Royal Navy, qu'il faudrait écraser avant tout débarquement, demeure intacte. Faute d'avoir pu neutraliser cette flotte, et faute de supériorité aérienne, l'opération Seelöwe (« Otarie »), l'invasion projetée de l'Angleterre, sera finalement reportée puis abandonnée à l'automne 1940.









