La vedette torpilleur et le Meknès illuminé
Le commandant d'une vedette lance-torpilles allemande — un Schnellboot désigné S-27 — patrouille de nuit dans la Manche, au large de la côte anglaise, le 24 juillet 1940. Ces unités rapides traquent la navigation adverse dans le détroit.
Dans l'obscurité surgit le Meknès, paquebot français désarmé. La France n'est plus en guerre contre l'Allemagne : l'armistice signé à Rethondes est entré en vigueur. Le navire rapatrie des marins de la marine française depuis Southampton vers Marseille, sous un régime censé garantir leur sécurité. À son bord, 1 179 hommes.
Le Meknès ne cherche pas à fuir. Son pavillon français est éclairé par un projecteur, ses hublots et ses flancs sont illuminés, le nom du pays est peint sur la coque. Le capitaine stoppe même les machines et signale au code Morse, par projecteur, son nom et sa nationalité — tout est fait pour être identifié comme un transport neutre sous le régime de l'armistice.
Le commandant allemand doit décider en quelques minutes : ce navire éclairé, signalant son identité, est-il une cible légitime ou un transport à laisser passer ?
Coulez-vous ce paquebot français illuminé qui signale son identité, ou le laissez-vous passer ?
La vedette S-27 (commandée par le Leutnant Klug) applique A : vers 22 h 30, elle ouvre le feu à la mitrailleuse puis lance une torpille. Le Meknès coule en une dizaine de minutes au large de Portland. 383 marins français périssent. Le navire, pourtant brillamment éclairé et arborant un grand pavillon français peint sur ses flancs, avait stoppé pour s'identifier. Le gouvernement de Vichy avait été informé que des Français étaient à bord, mais les autorités navales allemandes n'en avaient apparemment pas été averties. Le drame, survenu trois semaines après l'attaque britannique de Mers-el-Kébir, nourrit l'amertume française d'un été où d'anciens alliés et un ennemi désormais « en paix » frappaient tour à tour des marins français. Le naufrage reste l'une des tragédies maritimes méconnues de 1940.









