Le plan Madagascar sur le papier
, 33 ans, juriste et diplomate, dirige depuis avril 1940 le Referat D III, le « bureau des affaires juives » de l'Auswärtiges Amt, le ministère des Affaires étrangères du Reich, à Berlin. Fonctionnaire de carrière entré au parti nazi, il cherche à donner à son service un rôle dans ce que le régime appelle la Judenfrage, la « question juive » — l'avenir des plus de cinq millions de personnes considérées comme juives désormais sous contrôle allemand.
Fin mai 1940, a écrit à Hitler son dégoût de la « méthode bolchevique de l'extermination physique d'un peuple », qu'il juge « non germanique ». Il évoque plutôt une « émigration massive » vers l'Afrique ou une colonie. Hitler approuve. La défaite de la France place sa colonie de Madagascar à portée, et l'on attend la reddition britannique pour assurer le passage des navires.
L'idée d'y « réinstaller » les Juifs d'Europe circule depuis le XIXe siècle ; Varsovie y a même envoyé une commission en 1937. On charge Rademacher d'en tirer un mémorandum. Sur sa table : une « réservation » insulaire, gardée par la police allemande, pour environ quatre millions de personnes. Il doit décider ce qu'il couche sur le papier.
Rédigez-vous la déportation de millions de Juifs vers Madagascar — une « réserve » gardée par la police, maquillée en solution mais génocidaire dans ses effets ?
Rademacher choisit A. Le 3 juillet 1940, il signe le mémorandum « Die Judenfrage im Friedensvertrage » : la France cède Madagascar, l'île passe sous mandat allemand et gouverneur de police SS (bases aériennes et navales exclues), les Juifs y reçoivent une pseudo-administration mais sont empêchés de fuir et tenus en otages diplomatiques. Eichmann rédige en parallèle un plan logistique au RSHA. Les historiens (Browning, Longerich) y lisent une étape vers la « solution finale » : sur une île au climat hostile et à la peste endémique, le projet aurait tué une large part des déportés. Faute de reddition britannique et de navires, il est abandonné fin 1940. Rademacher, jugé en RFA après-guerre, mourra en fuite en 1973 sans avoir purgé sa peine.
POINT DE VIGILANCE — [Note historiographique : projet souvent présenté comme « farfelu » ; insister sur son caractère génocidaire en intention et en effet (Browning, Longerich) sans le banaliser. Chiffre de ~4 millions = ordre de grandeur du mémorandum.]









