Après l'armistice franco-allemand, le sort de la puissante flotte française — l'une des premières du monde — devient une obsession pour Londres. Si elle tombait aux mains de l'Axe, l'équilibre naval en Méditerranée et dans l'Atlantique basculerait. À Mers-el-Kébir, près d'Oran, une grande partie de cette flotte est au mouillage.
Churchill exige des garanties. L'amiral , commandant la , est chargé de présenter un ultimatum aux Français : rallier les Britanniques, gagner un port neutre ou des Antilles, ou se saborder. À défaut, il devra ouvrir le feu — sur la marine d'un pays allié la veille encore, dont les équipages ne sont pas des ennemis.
Somerville, qui répugne à ce geste, doit l'exécuter. Ouvrir le feu sur la flotte française si l'ultimatum est rejeté, pour empêcher tout risque qu'elle serve l'Axe. Temporiser et négocier au-delà du délai, au risque de désobéir à Churchill. Ou renoncer à l'attaque, en pariant sur la parole française de ne jamais livrer ses navires. L'enjeu dépasse Oran : c'est la détermination britannique à poursuivre la guerre, seul, que le monde observe.
Somerville doit-il ouvrir le feu sur la flotte française, temporiser, ou renoncer à l'attaque ?
Sur ordre de Churchill, Somerville exécute A : l'ultimatum rejeté, la ouvre le feu sur la flotte française le 3 juillet 1940. En quelques minutes, plusieurs navires sont détruits ou endommagés (le Bretagne explose) et près de 1 300 marins français sont tués. Le drame de Mers-el-Kébir provoque une vive rancœur en France et envenime les relations franco-britanniques, servant la propagande de Vichy. Mais il démontre au monde — et surtout aux États-Unis — la détermination de Churchill à poursuivre la guerre à tout prix, fût-ce contre un ancien allié. C'est l'un des épisodes les plus tragiques et controversés de 1940.









