Somerville au large d'Oran — 16h54
Le vice-amiral , 58 ans, commande depuis Gibraltar la , chargée d'exécuter l'opération Catapult contre la flotte française de Mers-el-Kébir. Il désapprouve profondément la mission, qu'il a qualifiée auprès des siens d'acte « le plus inutile, le plus politique et le plus immoral » ; il a tenté, sans succès, de dissuader l'Amirauté. Londres, redoutant que la flotte ne tombe un jour aux mains de l'Axe, lui a imposé un calendrier strict et un ultimatum à échéance fixe.
L'ultimatum présenté à Gensoul expire à 17h00. À l'approche de l'échéance, Gensoul a fait connaître son refus et la flotte française appareille, tourelles pivotant vers la . Somerville observe à la jumelle ce mouvement. Il sait qu'en rade, les navires français sont à l'ancre, mal placés pour combattre, et que le carnage sera grand s'il ouvre le feu. Les pourparlers menés à bord depuis le matin par l'émissaire britannique n'ont rien donné, et le porte-avions Ark Royal tient ses appareils prêts.
L'ultimatum expiré, Somerville doit ouvrir le feu. La manière même de l'engager — quel navire viser, à quelle distance, avec quelle intensité — déterminera l'ampleur des pertes parmi des marins alliés de la veille.
Comment Somerville doit-il ouvrir le feu sur la flotte française ?
L'engagement se fait en réalité A, à pleine puissance. Dès les premières salves, le vieux cuirassé Bretagne est touché ; vers 17h09, l'explosion de ses soutes le fait chavirer en quelques minutes, emportant 977 marins. Le Dunkerque et le Provence sont gravement endommagés et échoués ; seul le Strasbourg parvient à s'échapper et à rallier Toulon. Le bilan total atteint 1 297 marins français tués, sans aucune perte britannique. Somerville écrira à l'amiral Pound : « I felt physically sick when I gave the order. » Mers-el-Kébir marque durablement la mémoire des deux marines : preuve de détermination pour les Britanniques, blessure et ressentiment pour la France, exploités par la propagande de Vichy.









