La Reichszentrale pour l'émigration juive
Après la Nuit de Cristal de novembre 1938, le régime nazi veut chasser les Juifs du Reich au plus vite. Deux voies s'affrontent à Berlin. La première est diplomatique : le plan Rublee-Wohlthat, négocié avec le comité intergouvernemental issu de la conférence d'Évian, envisage l'émigration ordonnée d'environ 150 000 Juifs aptes au travail sur trois à cinq ans, financée par leurs propres avoirs et l'aide internationale.
La seconde est coercitive. Le 24 janvier 1939, ordonne la création de la Reichszentrale für jüdische Auswanderung (Office central du Reich pour l'émigration juive), confiée à . L'instrument administratif est désormais en place ; reste à définir la méthode qu'il appliquera.
Le régime doit trancher. Miser sur l'émigration négociée et financée, qui dépend du bon vouloir de pays d'accueil réticents et s'étalerait sur plusieurs années ? Accélérer le départ par la contrainte administrative et la spoliation, au risque de fermer plus vite encore les frontières étrangères ? Ou combiner les deux ? Le choix déterminera le sort de centaines de milliers de personnes piégées entre un Reich qui les chasse et un monde qui ferme ses portes.
Le régime doit-il forcer l'expulsion des Juifs par la contrainte, ou s'en remettre au plan d'émigration négociée ?
Le régime choisit B : le 11 février 1939, Heydrich met en doute la viabilité du plan Rublee et plaide pour des moyens plus brutaux. Son Office central généralise le modèle viennois d'Eichmann — dépouiller les Juifs de leurs biens contre un visa de sortie et les pousser dehors par la spoliation et la pression. Le plan Rublee-Wohlthat, faute de pays disposés à accueillir les réfugiés, reste lettre morte. Des centaines de milliers de Juifs émigrent au prix de la ruine ; mais le mur des visas en piège des centaines de milliers d'autres. Quand la guerre fermera les frontières à l'automne 1939, la politique d'« émigration forcée » cédera la place, dans les mois suivants, à la concentration puis à l'extermination. L'Office de Heydrich préfigure la machine bureaucratique de la persécution.









