Horthy — face à la demande allemande
, 71 ans, est régent du Royaume de Hongrie depuis 1920 (le trône royal restant officiellement vacant). Amiral de la marine austro-hongroise pendant la Grande Guerre, il dirige depuis 19 ans un régime autoritaire conservateur, allié à l'Italie de Mussolini puis à l'Allemagne nazie depuis 1938 (récupération des territoires sudètes tchécoslovaques de population hongroise). Pourtant, sa relation avec Hitler est complexe : Horthy est antisémite mais non génocidaire, anti-communiste mais attaché à l'indépendance hongroise.
Avec la Pologne, la Hongrie partage une tradition d'amitié millénaire (mariages royaux, alliances anti-ottomanes, anti-russes). Le Premier ministre (géographe, conservateur catholique) est un ami personnel des leaders polonais. Au déclenchement de la guerre, le sort des réfugiés polonais qui affluent devient une question d'État, sur laquelle Berlin pèse de tout son poids.
Du 17 septembre 1939 (invasion soviétique) au 30 novembre, environ 70 000 Polonais franchissent la frontière hongroise par les cols des Carpates : 40 000 soldats (officiers, sous-officiers, soldats) et 30 000 civils (réfugiés, femmes, enfants juifs). Les Allemands exigent leur livraison à la Wehrmacht au nom de l'alliance ; Hitler appelle personnellement Horthy le 23 septembre. La Hongrie, formellement neutre dans le conflit polonais, doit trancher le sort des soldats arrivés sur son sol.
Que faire des soldats polonais réfugiés ?
Horthy et Teleki choisissent B. La Hongrie interne officiellement les soldats polonais dans 140 camps (les principaux : Komárom, Sárvár, Nagykanizsa) — traitement humain, vie quasi-libre, accès aux familles, salaire de soldat hongrois. En parallèle, organisations clandestines facilitent l'évasion massive des Polonais vers la France et le Royaume-Uni : faux papiers fournis par le Ministère hongrois de la Défense, train spécial Budapest-Belgrade-Zagreb-Rijeka, embarquement sur paquebot vers Marseille. 35 000 soldats polonais atteignent la France à travers la Hongrie entre septembre 1939 et juin 1940 — ils formeront l'armée polonaise en France (Sikorski, Sosabowski, Maczek). Les civils polonais s'installent à Budapest, certains restent jusqu'à la fin de la guerre. La communauté juive polonaise réfugiée est protégée par Teleki — environ 8 000 personnes. Le Comité polono-hongrois organisé par Teleki avec (ambassadeur polonais à Budapest) fonctionne jusqu'en mars 1941. Teleki se suicide le 3 avril 1941 lorsque Berlin force la Hongrie à participer à l'invasion de la Yougoslavie — geste de protestation contre la trahison de l'amitié yougoslave et polonaise. Horthy poursuit avec son successeur une politique plus alignée sur Berlin. La Hongrie déporte ses Juifs en 1944 (Eichmann) ; Horthy interrompt la déportation en juillet 1944 mais elle reprend en octobre 1944 sous Szálasi. Horthy est interné par les Américains, libéré en 1948, vit au Portugal. Meurt en 1957 à Estoril. Son accueil des Polonais en 1939 reste l'un des actes les plus honorables de son long règne — souvent occulté par les zones d'ombre de la politique hongroise des années 1940-44.









