Estonie — Päts face à l'ultimatum
, 65 ans, dirige l'Estonie depuis 1934, date du coup d'État constitutionnel qui a installé un régime semi-autoritaire éloigné du parlementarisme d'origine ; il a été élu président en 1938 sous la nouvelle Constitution. Le pays compte 1,1 million d'habitants et une armée de 16 000 hommes en service actif, et il a proclamé sa neutralité le 1er septembre 1939.
La crise éclate avec l'évasion de l'ORP Orzeł, qui s'échappe de Tallinn dans la nuit du 17 au 18 septembre 1939. Moscou accuse aussitôt l'Estonie de « neutralité défaillante » pour avoir laissé filer un sous-marin polonais belligérant. Le 24 septembre, le ministre estonien des Affaires étrangères est convoqué d'urgence au Kremlin, où Molotov lui présente un ultimatum : signer un traité d'assistance mutuelle ouvrant des bases militaires soviétiques en Estonie, faute de quoi les 160 000 hommes de l', déjà massés à la frontière, envahiront le pays.
Selter rentre à Tallinn le 25 septembre, et le Conseil d'État réuni autour de Päts mesure l'impasse. Une résistance militaire est impossible, seize mille hommes contre cent soixante mille ; Londres a fait savoir à demi-mot qu'il ne pouvait intervenir dans la Baltique ; Helsinki n'a pas les moyens d'une intervention militaire ; et toute protection allemande est exclue, Berlin ayant déjà cédé les pays baltes à Moscou par le pacte du 23 août.
Päts doit prendre sa décision le 26 septembre.
Quelle décision le président Päts prend-il le 26 septembre ?
Päts choisit A. Le 28 septembre 1939, à Moscou, Selter signe le Traité d'assistance mutuelle entre l'Estonie et l'URSS. Conditions : 25 000 soldats soviétiques peuvent être stationnés en Estonie ; bases navales et aériennes à Paldiski, Haapsalu, et l'île de Saaremaa ; aucune ingérence dans les affaires intérieures estoniennes (sur le papier). Le 5 octobre, traité similaire signé par la Lettonie. Le 10 octobre, par la Lituanie (avec en plus la rétrocession de Vilnius que les Soviétiques venaient de conquérir lors du partage polonais). Les bases militaires soviétiques s'installent. Pendant huit mois, la souveraineté nominale baltique est respectée. Mais le 16 juin 1940, Moscou présente un second ultimatum : formation de gouvernements pro-soviétiques, autorisation d'entrée illimitée de troupes soviétiques. Päts accepte (n'a pas le choix). Le 6 août 1940, l'Estonie est annexée à l'URSS sous le nom de RSS d'Estonie. Päts est arrêté en juillet 1940 par le NKVD, déporté à Bachkirie puis Kalinine. Meurt en 1956 dans un hôpital psychiatrique soviétique, sans avoir revu l'Estonie. Restitué à la mémoire publique après l'indépendance estonienne (1991), ses cendres sont rapatriées en 1990. La décision de septembre 1939 reste un débat historiographique : capitulation ou réalisme tragique ?









