Pilotes polonais — la sortie via Constanța
Au 1er septembre 1939, l'aviation polonaise comptait environ 400 appareils de combat — chasseurs PZL.7 et PZL.11, bombardiers légers PZL.23 Karaś, bombardiers moyens PZL.37 Łoś — et 5 000 pilotes formés. Face à une Luftwaffe numériquement supérieure, avec quelque 2 000 appareils engagés en Pologne, et techniquement plus moderne, elle se montre pourtant remarquablement efficace dans les premiers jours, abattant environ 285 avions allemands en quatre semaines. Mais elle y laisse beaucoup : à peu près 330 appareils détruits et 330 pilotes tués, blessés ou capturés.
Le 17 septembre, l'invasion soviétique précipite l'évacuation des pilotes survivants. Le général , qui commande l'aviation polonaise, ordonne le repli en Roumanie des escadrilles encore opérationnelles : 117 appareils gagnent les terrains roumains de Cernăuți, Roman et Focșani, tandis que 9 200 hommes de l'arme aérienne franchissent la frontière entre le 17 et le 27 septembre.
Les Roumains internent les pilotes. Mais, comme pour ceux passés par la Hongrie, un réseau clandestin franco-polonais-roumain s'emploie à les exfiltrer. À Bucarest, l'ambassade de France de l'ambassadeur délivre des visas collectifs, et les aviateurs embarquent par groupes de cent à deux cents sur des paquebots à Constanța, par la route du Pirée vers Marseille à bord de bâtiments français, ou par celle de Beyrouth via le Levant.
Parmi les premiers à passer figure le lieutenant-colonel , 31 ans, ancien commandant du à Varsovie, crédité de huit victoires aériennes en septembre 1939 ; le suit le capitaine , 24 ans, fort de cinq victoires le même mois. Tous deux atteignent la France en novembre 1939.
Reste à décider comment intégrer ces 9 200 aviateurs polonais aux forces alliées.
Comment intégrer ces 9 200 aviateurs polonais aux Alliés ?
Sikorski négocie les trois pistes simultanément. Phase 1 (octobre 1939 - juin 1940) : les pilotes polonais sont d'abord intégrés à l'armée de l'Air française (4 escadrilles polonaises créées en mars 1940, équipement Morane-Saulnier MS.406 et Curtiss H-75). Combats limités, peu de victoires (environ 50 avions allemands abattus pendant la bataille de France). Phase 2 (juillet 1940 - mai 1945) : après l'évacuation vers le Royaume-Uni, création d'escadrons polonais au sein de la RAF — modèle Sikorski-Sinclair. 14 escadrons polonais sont créés. Plus célèbres : (« Kościuszko »), basé à Northolt — qui devient pendant la Battle of Britain l'unité de combat la plus efficace de toute la RAF (126 victoires confirmées en 6 semaines, ratio de victoires/pertes inégalé). Total guerre : 17 000 aviateurs polonais combattent dans la RAF, 2 165 morts au combat, 621 décorations britanniques. Urbanowicz devient commandant du en septembre 1940, totalise 17 victoires. Skalski totalise 22 victoires confirmées — l'as polonais le plus victorieux de la guerre. Après-guerre, refus pour la plupart de rentrer en Pologne communiste. Skalski accepte le retour en 1947, est emprisonné, libéré en 1956, réhabilité, meurt en 2004. Urbanowicz émigre aux États-Unis, meurt en 1996.









