Vuillemin — l'Armée de l'Air en attente
, 56 ans, commande l'Armée de l'Air française depuis 1938. Vétéran de la Première Guerre mondiale (8 victoires aériennes), spécialiste de la doctrine du bombardement stratégique. En 1938, après l'Anschluss, il fait un voyage en Allemagne et déclare publiquement après visite des usines aéronautiques nazies : « Notre aviation sera détruite en 15 jours si nous entrons en guerre. Il faut tout faire pour éviter le conflit. »
Au 1er septembre 1939, l'Armée de l'Air française dispose officiellement de 4 360 appareils — mais seulement 2 200 opérationnels, dont la moitié obsolètes (Bréguet Bre.693, Loire-Nieuport 411, Morane-Saulnier MS.230). Modernes : 150 Morane MS.406, 80 Curtiss H-75 (achetés aux États-Unis), 20 Dewoitine D.520 (en cours de livraison). Bombardement : 200 Lioré-et-Olivier LeO 451 (assez modernes mais peu nombreux). Les appareils modernes (D.520 et LeO 451) ne doivent arriver en nombre qu'au printemps, vers mai-juin 1940.
Les mois de la drôle de guerre offrent un répit que Vuillemin doit employer. Faut-il garder le gros des forces en réserve pour absorber l'arrivée du matériel neuf et former les pilotes, lancer des coups de boutoir limités pour user la Luftwaffe au risque de pertes prématurées, ou peser politiquement pour obtenir des escadrilles britanniques sur le sol français et accélérer la modernisation ? Les restrictions imposées par Chamberlain et l'accord avec Daladier interdisent par ailleurs tout bombardement stratégique sur l'Allemagne.
Vuillemin doit choisir comment occuper la drôle de guerre.
Que doit faire Vuillemin pendant la drôle de guerre ?
Vuillemin applique A : préparation au printemps, entraînement, attente des livraisons. Sa doctrine officielle reste défensive sur le front Maginot, en attendant les appareils modernes. Pendant l'hiver, l'Armée de l'Air française se tient en posture défensive, n'effectue que des patrouilles de surveillance, accumule en réserve les nouveaux appareils. Au 10 mai 1940 (déclenchement Fall Gelb), elle dispose officiellement de 3 097 appareils opérationnels — mais le D.520 n'est livré qu'à 200 exemplaires (contre 1 800 prévus pour avril). La RAF a stationné 416 appareils en France (mais retirés massivement après la chute de Sedan le 13 mai 1940). Pendant Fall Gelb (10 mai - 22 juin 1940), l'Armée de l'Air française est submergée par la Luftwaffe — 2 200 appareils français perdus, 1 600 pilotes tués ou blessés. Vuillemin est limogé par Pétain le 17 juin 1940. Reste à Vichy comme commandant de l'Armée de l'Air d'armistice. Démissionne en septembre 1942 lors de la dissolution de l'Armée de l'Air d'armistice. Rentre en grâce après-guerre, meurt en 1963.









