Un émissaire pour juger si l'île tiendra
Au début de 1941, le président veut aider une Grande-Bretagne assiégée, mais se heurte à une opinion américaine encore largement isolationniste. Il prépare la loi de prêt-bail (Lend-Lease), qui doit permettre de fournir armes et ravitaillement à Londres sans paiement immédiat — un engagement énorme et contesté au Congrès.
Une question lancinante mine pourtant la décision : la Grande-Bretagne peut-elle réellement survivre ? Investir des milliards dans une nation qui s'effondrerait quelques mois plus tard serait un désastre politique et stratégique. Roosevelt se méfie des rapports officiels, parfois trop optimistes ou trop pessimistes selon leur source, et de son propre ambassadeur sortant, le défaitiste .
Il dispose d'un homme de confiance hors du commun : , conseiller intime, malade et sans portefeuille officiel, mais doté de tout son crédit personnel. Roosevelt envisage de l'envoyer à Londres comme émissaire privé, pour jauger de l'intérieur la volonté de résistance de Churchill et du peuple britannique. Mais l'option comporte des risques : une mission officieuse pourrait paraître un désaveu de la diplomatie régulière, et l'avis d'un seul homme, fût-il proche, pèserait lourd dans une décision capitale.
Roosevelt doit-il dépêcher Hopkins à Londres pour juger lui-même si la Grande-Bretagne peut tenir ?
Roosevelt choisit A : début janvier 1941, il envoie passer plusieurs semaines en Grande-Bretagne. Reçu longuement par Churchill, Hopkins parcourt le pays, visite ports, usines et villes bombardées, et noue avec le Premier ministre une relation de confiance décisive. Lors d'un dîner à Glasgow, il résume sa mission par un verset du Livre de Ruth : « Où tu iras, j'irai… ». De retour à Washington, son rapport est sans équivoque : les Britanniques tiendront et méritent qu'on les aide à fond. Cette évaluation pèse lourd dans l'adoption du prêt-bail, signé en mars 1941, et Hopkins en deviendra l'administrateur. La mission scelle aussi l'alliance personnelle Roosevelt-Churchill qui structurera tout l'effort de guerre allié.









