Bulgarie : verrou des Balkans, prix à payer
Au tournant de 1941, le Premier ministre bulgare porte un dossier brûlant pour un petit royaume coincé entre des géants. Berlin veut faire transiter ses troupes par la Bulgarie pour atteindre la Grèce dans le cadre de l'opération Marita, et presse Sofia d'adhérer au pacte tripartite.
Le souverain, le tsar , temporise depuis l'automne. En novembre 1940, l'ambassadeur bulgare à Berlin a fait savoir que le pays adhérerait « en principe », mais souhaitait différer la signature. Le royaume convoite des territoires perdus après la Grande Guerre — des terres grecques et yougoslaves — mais redoute autant l'ours russe que le lion britannique.
Début janvier 1941, Filov se rend à Vienne, officiellement pour raisons de santé, puis gagne l'Obersalzberg pour s'entretenir avec Ribbentrop et Hitler. Il aligne les objections familières : la Turquie aux 37 divisions massées à la frontière, l'armement bulgare insuffisant, l'URSS et son influence pro-russe dans l'opinion, la Yougoslavie. Hitler balaie tout, sauf la crainte soviétique, qu'il s'engage à neutraliser. Filov mesure l'enjeu : signer, c'est exposer la Bulgarie à une riposte britannique ou turque et lier son sort à l'Axe ; refuser ou retarder encore, c'est défier une Allemagne dont les divisions s'amassent déjà en Roumanie voisine.
Filov doit-il engager immédiatement la Bulgarie dans le pacte tripartite et ouvrir le passage aux troupes allemandes, ou continuer de différer la signature ?
Filov choisit B lors de cet entretien de janvier : il maintient les réserves de Sofia et obtient un nouveau délai, sans rompre avec Berlin. Mais le sursis est de courte durée. À mesure que les forces allemandes se concentrent au sud de la Roumanie et que la pression devient irrésistible — la Bulgarie n'ayant aucun moyen militaire de s'y opposer — le royaume cède. Le 1er mars 1941, Filov signe à Vienne l'adhésion de la Bulgarie au pacte tripartite ; le jour même, les troupes allemandes franchissent le Danube. Le tsar obtiendra plus tard de ne pas envoyer ses soldats combattre l'URSS, préservant une marge d'autonomie, mais le pays est désormais arrimé à l'Axe et sert de tremplin à l'invasion de la Grèce en avril.









