Nomura et la note Hull : la diplomatie au bord du gouffre
Washington, 26 novembre 1941. Dans le bureau du secrétaire d'État, l'ambassadeur reçoit des mains de un document de 10 points. Le ton est courtois, mais les exigences sont sans appel : retrait total des troupes japonaises de Chine et d'Indochine, reconnaissance du seul gouvernement de , abandon de fait du pacte tripartite. Vieux marin nommé à ce poste pour son honnêteté et ses amitiés américaines, Nomura mesure d'emblée l'effet qu'aura ce texte à Tokyo. Depuis des mois, secondé par l'envoyé spécial , il s'épuise à maintenir un fil de dialogue que les durs de l'état-major japonais jugent déjà rompu.
Or l'ambassadeur ignore le pire : le destin se joue ailleurs. À l'autre bout du Pacifique, la décision de guerre a mûri lors des conférences impériales de l'automne, et une flotte appareille en silence, hors de portée des regards. Les pourparlers que Nomura conduit avec une sincérité opiniâtre sont, à son insu, vidés de toute substance. Sa hiérarchie le tient dans l'ombre, se servant de sa bonne foi comme d'un écran. Chaque dépêche qu'il enverra, chaque démarche qu'il tentera, s'inscrira dans une partie dont les dés sont déjà jetés.
Reste à l'homme de chair une marge étroite, presque dérisoire, mais réelle : celle de sa conscience et de son geste. Face à ce texte qui sonne comme une rupture, l'instant exige une décision.
Washington, novembre 1941, vous êtes l'ambassadeur Nomura recevant la note Hull : comment y répondre ?
Nomura, avec Kurusu, transmit fidèlement la note Hull à Tokyo, qui la perçut comme un ultimatum inacceptable et y vit la confirmation que la guerre était inévitable. Il poursuivit pourtant des pourparlers déjà sans objet : la flotte de l'amiral avait appareillé le 26 novembre (heure japonaise) vers Pearl Harbor. Le 7 décembre 1941, l'attaque fit environ 2 400 morts américains et coula ou endommagea 18 navires ; Nomura remit la note de rupture à Hull avec retard, après le début des bombardements. Profondément humilié d'avoir servi de façade à une attaque-surprise qu'il ignorait, il fut rapatrié en 1942 ; sa réputation d'homme sincère lui valut une certaine indulgence des historiens.
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