Un cuirassé coulé : le dire ou le taire ?
L'amiral commande la Mediterranean Fleet depuis Alexandrie, dans une mer où chaque navire lourd pèse dans la balance. Réputé offensif, il connaît la fragilité de l'équilibre naval face à la flotte italienne et aux sous-marins de l'Axe.
Le 24 novembre 1941, la 1re escadre de bataille appareille pour couvrir des croiseurs lancés contre les convois italiens. Le 25 au soir, le cuirassé HMS Barham encaisse trois torpilles du sous-marin allemand , commandé par . Le navire chavire et, quatre minutes plus tard environ, l'explosion de ses soutes le pulvérise.
Les pertes sont massives : de l'ordre de 861 à 862 hommes périssent, quelque 450 survivants étant recueillis par les bâtiments d'escorte. La scène, visible de loin, a même été filmée. L'ennemi, lui, ignore encore le résultat de son attaque : von Tiesenhausen n'a obtenu aucune confirmation du naufrage.
Reste à régler la communication, alors que des centaines de familles attendent des nouvelles. L'Amirauté et Cunningham doivent peser trois voies : annoncer aussitôt publiquement la perte du cuirassé ; la tenir secrète tout en prévenant discrètement les proches sous le sceau de la confidentialité ; ou démentir formellement toute perte.
Après la perte du Barham, quelle ligne l'Amirauté et Cunningham retiennent-ils pour traiter publiquement le naufrage ?
L'Amirauté choisit le secret : la perte fut tenue cachée près de deux mois. Les proches furent informés du décès, mais avec une demande explicite de confidentialité — il était « essentiel » que l'information ne parvînt pas à l'ennemi avant l'annonce officielle. L'objectif était double : priver l'Axe d'une confirmation et ménager le moral britannique dans une période difficile en Méditerranée. Face aux revendications répétées de la radio allemande, l'Amirauté annonça finalement la perte le 27 janvier 1942. Ce n'est qu'alors que von Tiesenhausen sut qu'il avait coulé le Barham. L'épisode illustre la guerre de l'information en Méditerranée : la rétention d'une perte navale comme arme de renseignement et de moral. Il alimenta plus tard rumeurs et récits parapsychologiques, la durée du secret ayant nourri les soupçons des familles.









