La course au fil de fer : le pari de Rommel sur la frontière
Fin novembre 1941, la Cyrénaïque est devenue un chaudron. Depuis le 18, les Britanniques mènent l'opération Crusader, vaste offensive de la 8e armée du général Cunningham destinée à briser le siège de Tobrouk et à anéantir vos blindés. Les premiers jours ont tourné à votre avantage : autour de Sidi Rezegh, vos panzers ont infligé de lourdes pertes à la 7e division blindée et émoussé l'élan ennemi. Mais l'avantage est fragile : vos chars s'usent, le carburant traverse péniblement la Méditerranée, et les renforts adverses continuent d'affluer depuis l'Égypte.
Le 24 novembre, un renseignement grisant vous parvient : l'arrière britannique, près de la frontière, semble dégarni, les dépôts mal gardés, les états-majors fébriles. Vous flairez l'occasion de transformer un succès tactique en débâcle stratégique. Mais la prudence murmure le contraire : vos formations sont dispersées, fatiguées, à court de munitions, la division néo-zélandaise progresse dangereusement vers Tobrouk, et un coup d'audace mal calibré pourrait vous couper de vos propres bases.
Devant la carte, à Sidi Omar, sur ce ruban de barbelés qui sépare la Libye de l'Égypte, vous pesez l'instant où tout peut basculer. Trois routes s'ouvrent, et chacune engage le sort de l'Afrikakorps.
Général Rommel, le 24 novembre 1941, que décidez-vous pour exploiter la situation à la frontière ?
Rommel choisit l'audace et lança le 24 novembre 1941 sa fameuse « course au fil de fer » (dash to the wire), précipitant ses panzers vers la frontière égyptienne sur les arrières de la 8e armée. Le coup sema un désordre considérable et acheva de déstabiliser le commandement britannique : le général Cunningham, ébranlé, fut relevé et remplacé par Ritchie. Mais l'offensive ne brisa pas l'ennemi : Auchinleck reprit les choses en main et refusa la retraite. Pendant l'absence de Rommel du cœur de la bataille, la 2e division néo-zélandaise du général Freyberg réussit la jonction avec la garnison de Tobrouk, levant momentanément le siège. Privé de réserves et de carburant, Rommel dut finalement abandonner la Cyrénaïque et se replier sur El Agheila en décembre 1941, premier vrai revers de l'Axe en Afrique du Nord.









