La division fantôme de Rommel
Après le franchissement de la Meuse, la de Rommel se trouve en position d'exploiter la brèche. Devant elle, les arrières français sont en plein désarroi, mais les liaisons avec les échelons supérieurs et l'infanterie qui suit restent fragiles, et les flancs de toute avance rapide demeureraient exposés.
Le commandement d'une division blindée pose ici une vraie question de doctrine. Foncer en tête, sans attendre l'infanterie ni protéger ses flancs, exposerait la division à être coupée et détruite par une contre-attaque, et brouillerait la coordination d'ensemble. À l'inverse, la lenteur laisserait à l'adversaire le temps de se ressaisir et de reconstituer un front.
Rommel peut continuer à foncer en tête, au mépris des flancs et des liaisons, pour exploiter la panique. Progresser prudemment en gardant le contact avec l'infanterie et en couvrant ses flancs. Ou faire halte pour se regrouper et attendre l'infanterie. Le choix touche aux limites de l'initiative et au partage entre audace et sécurité.
Rommel doit-il continuer à foncer en tête, progresser prudemment, ou faire halte pour se regrouper ?
Rommel choisit invariablement A : sa avance à un rythme stupéfiant, capturant des milliers de prisonniers, traversant des positions françaises avant même qu'elles ne réalisent la menace. Elle progresse parfois si vite et si loin que l'état-major allemand lui-même perd sa trace — d'où son surnom de « division fantôme » (Gespensterdivision). Au risque, réel, d'un désastre si les Alliés avaient pu coordonner une contre-attaque (comme à Arras, qui lui causa une vive frayeur). Mais la désorganisation adverse valide son pari. Cette audace fonde la légende de Rommel et illustre le débat permanent de 1940 : la vitesse comme arme décisive, contre la prudence d'un commandement craignant l'exposition des flancs. Sa réussite consacre l'école de l'initiative.









